
Difficile de ranger Rudd dans une catégorie. Vu la vague déferlante de surfeurs australiens portée entre autres par Jack Johnson, répandant inlassablement leurs chansons mi-folk mi-blues aux arômes exotiques, Rudd semblait s’engouffrer dans le même rouleau. Car son premier morceau, « Better People » ressemble de près au genre de mini-tube destiné à inonder les ondes, emballant au début, vite crispant après quelques passages. Mais l’album recèle pléthores de trésors cachés. S’éloignant assez vite des mélodies limpides pour nous livrer un son plus expérimental, Rudd se positionne nettement au-dessus de ses congénères. Maniant avec brio harmonica, banjo, tambour aztèque, guitare à douze cordes acoustiques et didgeridoo, ce poly-instrumentiste se livre à un parcours spirituel sinueux, hypnotique et envoûtant. Derrière certains de ses arrangements se cachent des ambiances quasi-chamaniques où se confondent des cris d’oiseaux et des chants aborigènes. Un délire à prime abord pas forcément alléchant, certes. Mais camouflé sous une voix modulée aux rythmes ambivalents de ses compos, le rendu convainc. Parfois reggae, souvent folk, Rudd varie les genres sans parcimonie. Une expérience intime, sincère, débordant de textes douloureux et utopiques. Résultat : l’album dégage un climat à la fois chaleureux et rafraîchissant. Encore faut-il daigner s’y abandonner.

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