samedi 3 janvier 2009

The Rose déploie ses pétales


Janis en porte-drapeau du mouvement hippie. Relatée avec précision et passion, la biographie de Reuzeau esquive habilement les clichés habituels.


« Je ne peux écrire de chanson si je n’ai pas souffert avant. Comme lorsque quelqu’un t’a fait souffrir et que tu es persuadée que personne ne t’aimera jamais plus comme tu souhaites l’être ». Une argumentation typiquement joplinienne. Qui, pour ceux qui connaissent cette légende du rock, n’a rien de surprenant. Y avait-il alors réelle matière à s’étendre sur la vie ou la pensée de Janis Joplin ? A priori, non. Surtout qu’existe déjà une référence en la matière : Bured Alive, une biographie aussi indispensable que controversée, signée Myra Friedmann, une intime de la chanteuse. Mais comme chacun sait, chaque célébrité a son signe distinctif, une attitude ou un symbole qui lui forge sa réputation, à tout jamais. Pour Janis, c’était son phrasé. Du genre à déblatérer des « man » à chaque bout de phrase. Histoire de faire plus homme, dans un milieu où grouille une faune de héros masculins. Et puis sa bouteille de Southern Confort, qu’elle baladait partout comme une gamine collée à son nounours. Reuzeau rappelle ces innombrables détails, tout en tâchant de ne pas trop s’y attarder. Il porte un regard différent sur l’artiste. Il l’ancre dans cette « époque exaltante » que représente le mouvement hippie, de son éclat à son coup de grâce. Sa biographie prend donc des allures de promenade dans le temps. Fondus dans le contexte, les déboires classiques d’une star du rock (sexe, drogue et alcool) se digèrent avec facilité. Mieux encore, ils nous convainquent que se portent en elle les racines de la révolte hippie. Et que la fin de la chanteuse accélère irrémédiablement la déchéance d’une période essentielle dans l’histoire américaine.


Alors, on s’interroge. Car ce livre est à mi-chemin entre le roman et la biographie. Si l’auteur ne manque pas de décortiquer certains moments fondateurs de cette décennie, il se laisse aller à décrire d’une plume bien plus littéraire les prestations de Janis. On se prend d’affection pour elle. On comprend la virulence de l’auteur contre ses « abrutis » qui la précipitent dans le fossé. Eux ne savent pas que « la fille la plus moche du campus », introvertie et complexée, exprime et érotise ses souffrances à travers le chant et la scène. « Plaintes étirées et miaulements enroués, délicatesse et fureur » : entre les lignes de ce livre captivant, Reuzeau sème un tas d’indices laissant deviner les raisons pour lesquelles le biographe s’attache tant à un personnage. En l’occurrence, ici, « la plus grande chanteuse de blues blanche de tous les temps ».


Damien Grosset

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