« J’ai du mal à y voir dans ce trou du cul », ironise Varlet dans ses textes. Tranchantes saillies cyniques, guitares tantôt minimales tantôt délicates : l’homme se joue de la conformité. Pire encore, il manie l’ambiguïté avec dextérité. Résultat: nous aussi on s’y perd. Certains, désappointés, diront qu’il s‘écoute écrire. D’autres, fascinés, qu’il ne peut être étiqueté. Mais qu’importe. Nul ne peut le contester: Varlet a l’art de charrier les mots, seul, dans sa bulle. Du genre de celle qu’on ne peut pénétrer, au risque qu’elle nous éclate à la tronche. Varlet se contemple, se rêve. Nous berce, et nous inonde à la fois. C’est le prix à payer quand on se laisse balancer par ses poésies introspectives. Autour de lui planent les ombres de songwriters aux syllabes étirées, accouchés par les vastes contrées américaines. Pas de bémol donc. Juste un final des plus classieux : le dernier titre, éponyme, largement inspiré du fils Buckley.dimanche 21 décembre 2008
Alexandre Varlet - Ciel De Fête
« J’ai du mal à y voir dans ce trou du cul », ironise Varlet dans ses textes. Tranchantes saillies cyniques, guitares tantôt minimales tantôt délicates : l’homme se joue de la conformité. Pire encore, il manie l’ambiguïté avec dextérité. Résultat: nous aussi on s’y perd. Certains, désappointés, diront qu’il s‘écoute écrire. D’autres, fascinés, qu’il ne peut être étiqueté. Mais qu’importe. Nul ne peut le contester: Varlet a l’art de charrier les mots, seul, dans sa bulle. Du genre de celle qu’on ne peut pénétrer, au risque qu’elle nous éclate à la tronche. Varlet se contemple, se rêve. Nous berce, et nous inonde à la fois. C’est le prix à payer quand on se laisse balancer par ses poésies introspectives. Autour de lui planent les ombres de songwriters aux syllabes étirées, accouchés par les vastes contrées américaines. Pas de bémol donc. Juste un final des plus classieux : le dernier titre, éponyme, largement inspiré du fils Buckley.Da Silva - De beaux jours à venir
Qu’attendre de ce second album? Une ribambelle de morceaux sombrant une fois encore dans la redite de déboires amoureux ? Décembre en été faisait parti de ce registre. Et tant le Neversois semblait marquer son pas sur celui de Miossec, ce genre d’écorché vif aux parlé-chanté aussi lyrique que cafardeux, on pouvait s’attendre à un opus de la même trempe. Sauf que de Beaux jours à venir éclaircit ses notes. A des mélancolies plus légères se superposent des arrangements guitaristiques plus puissants. Cette nouvelle musicalité, ces violons qui accompagnent certains morceaux, s’aventure sur les terres d’un Louise Attaque. Alors, oui, il y a comme un brassage de la plus belle scène française dans les chansons de Da Silva. Et ça prend aux tripes.jeudi 18 décembre 2008
Willy Mason - If The Ocean Gets Rough
Attention, folk américaine au lyrisme précoce…Voix grave et usé, textes sombres, guitares mélancoliques : à seulement 23 ans, l’apprenti songwriter connaît la recette des vieux briscards du genre, avec un peu de bouteille en moins. Son premier album, Where The Humans Eat, sorti il y a deux ans, nous avait déjà charmés. Un minot défroqué sorti de son île du Massachusetts, aux prises entre un Cohen et un Dylan, ça valait le détour. Et si ce nouvel opus ne manque pas de sel, enchaînant toujours avec ardeur des ballades écorchées mais toujours pleines d’espoir, jeunesse oblige, il s’est vidé de sa spontanéité. Reste néanmoins un album de bonne tenue. Alternant protest songs et hymnes à l’amour, il parvient à dresser au dessus du lot quelques morceaux déchirants où se répand une jolie brochette de violons et de pianos. Artiste à suivre de près… mardi 16 décembre 2008
Xavier Rudd - Withe Moth - Epitaph

Difficile de ranger Rudd dans une catégorie. Vu la vague déferlante de surfeurs australiens portée entre autres par Jack Johnson, répandant inlassablement leurs chansons mi-folk mi-blues aux arômes exotiques, Rudd semblait s’engouffrer dans le même rouleau. Car son premier morceau, « Better People » ressemble de près au genre de mini-tube destiné à inonder les ondes, emballant au début, vite crispant après quelques passages. Mais l’album recèle pléthores de trésors cachés. S’éloignant assez vite des mélodies limpides pour nous livrer un son plus expérimental, Rudd se positionne nettement au-dessus de ses congénères. Maniant avec brio harmonica, banjo, tambour aztèque, guitare à douze cordes acoustiques et didgeridoo, ce poly-instrumentiste se livre à un parcours spirituel sinueux, hypnotique et envoûtant. Derrière certains de ses arrangements se cachent des ambiances quasi-chamaniques où se confondent des cris d’oiseaux et des chants aborigènes. Un délire à prime abord pas forcément alléchant, certes. Mais camouflé sous une voix modulée aux rythmes ambivalents de ses compos, le rendu convainc. Parfois reggae, souvent folk, Rudd varie les genres sans parcimonie. Une expérience intime, sincère, débordant de textes douloureux et utopiques. Résultat : l’album dégage un climat à la fois chaleureux et rafraîchissant. Encore faut-il daigner s’y abandonner.
lundi 15 décembre 2008
Seventeen Evergreen - Life Embarrasses Me On Planet Earth

Si ce disque était un lieu, ce serait une forêt. Juste parce que c’est de là qu’on peut le mieux contempler les étoiles. Retourner aux origines et se réconcilier avec la nature. Dans ses compos, le duo californien parvient à alterner entre pop-songs euphorisantes et mélancolies lunaires plus électros. Un brin psychédélique. Une réussite.
Olivier Libaux - Imbécile
Olivier Libaux aime les contes de fées. Déjà en 2003, avec « L’héroïne au bain », il nous avait concocté, avec un succès plus critique que commercial, un conte pour adultes parsemés de rythmes pop à l’anglaise. A ses côtés, figurait une sympathique brochette de voix (dont Katerine et Lio). Ne pas s’y tromper pour autant : ses histoires n’ont rien de commun avec les comédies musicales plan-plan façon Roméo et Juliette. Avec Imbécile, on s’approche plutôt de la pièce de théâtre. Celle qui met en scène quatre bobos, submergés par les tracas de la vie, réunis autour d’un dîner (on se croirait dans un film d’Eric Rohmer). Rien d’exceptionnel, en somme. Pourtant, sa prouesse est double. Elle se résume dans la dichotomie entre des paroles cruelles et incisives, écrasantes de réalisme au point de se planquer dans un coin, contrastées par une musique légère et enthousiaste.Telle est la force de cet album : porter un regard amusé sur les aléas de la vie. Avec une ambiance résolument chanson française où se chatouillent des guitares à
mardi 2 décembre 2008
Dark Horse - de Dagur Kari
Entre un graffiteur en bisbille avec les autorités, un juge aux tendances cleptomanes, un obèse obsédé par l’autorité qui passe des concours pour devenir arbitre de foot, et une accroc aux champignons hallucinogènes, Dagur Kari dresse le tableau d’une société en mal d’identité.Traduction : le chemin à suivre est-il toujours celui indiqué sur la « notice » ? Un sujet universel. Tout droit sorti d’un vieux tiroir.
Mais l’œil qu’y porte le cinéaste est inimitable. Si l’on se prend d’affection pour les protagonistes, ce n’est pas que pour cette proximité effrayante qu’ils entretiennent avec nous. C’est parce qu’au lieu de céder au drame, Kari privilégie la demi-teinte. Grâce à cette poésie spontanée ; que les plans sollicitent la méditation ou l’humour, le charme déborde. L’emploi du noir et blanc n’en est que l’enveloppe. Il contraste avec des personnages hauts en couleur en quête d’une nouvelle réalité. Inventif, Dark Horse est un film profondément humain… Et une réussite, dans son genre.
Genre: Comédie dramatique
Avec: Jakob Cedergren, Tilly Scott Pedersen, Nicolas Bro
Film: danois, islandais
Durée: 1h46
lundi 1 décembre 2008
Entre Adultes - de Stéphane Brizé

Genre: comédie dramatique
Avec Edith Mérieau, Vincent Dubois, Jeanne Ferron, Philippe Fauconnier…
Film: français
Durée : 1h20
vendredi 28 novembre 2008
Les Sunday Drivers : une pointe de soleil dans une pop de brute
T-shirt moulant au ras du nombril, barbe de trois jours, tignasse grasse abondante et de couleur noire méditerranéenne : ce style négligé, stéréotype du branleur apathique qu’inonde la pop anglaise, les Sunday Drivers le manipule plutôt bien. Autant dans leur musique, épurée, du genre pop tranquille et accrocheuse que l’on écoute cheveux au vent à bord d’une décapotable, que dans leur manière de vivre. Peu remuants, tout sourire, ces espagnols se contrefoutent des conventions du moment. « L’essentiel, c’est de faire ce qu’on ressent sur l'instant. Et que chacun puisse y mettre sa patte », résume Fausto, aussitôt approuvé par le reste de l’équipe. Tous sur un pied d’égalité : c’est la devise du groupe. Pourtant, à six, la tâche aurait pu s’avérer compliquée. « C’est juste que nos liens, pour la plupart, sont tissés depuis longtemps », rajoute Jero, chanteur et principal parolier de la bande. Miguel (basse) et Carlos (percus) se connaissent depuis le lycée et jouaient déjà ensemble. Julian (piano) et Fausto (guitare) sont aussi de Tolède. Ne restait plus qu’à intégrer un chanteur. Puis, avant l’arrivée de Lyndon (gallois touche-à-tout du groupe) il y a presque deux ans, ça faisait six ans qu’on jouait ensemble ».Pour conserver cette alchimie, les conducteurs du dimanche ont emprunté les routes californiennes. Destination San Francisco, où ils ont enregistré leur second opus. En souvenir de cette « expérience unique », ils en garderont le titre du l’album, du même nom que le studio, Tiny Telephone. Ainsi que la pochette du disque, copiée cette fois sur la porte du studio. C’est dire si le groupe rechigne à se prendre trop au sérieux. Au point d’en devenir une marque de fabrique. Et une des clefs de sa réussite. « Notre succès, on le doit à la chance dans nos rencontres», soutient Miguel, en reluquant ses pieds comme un enfant epris les doigts dans la confiture. « Au festival de Benicassim, on a bavardé avec l’organisateur des Transmusicales de Rennes. Une fois là-bas, nouveau coup de bol : on est tombé sur un mec de chez Naïve (leur maison de production)». Quelques mois plus tard, sur les ondes françaises, déferle l’un des tubes de l’été 2005 : « On my mind ». Avec l’album Little Heart Attacks, ils obtiennent un passe-droit pour franchir les Pyrénées et s’échapper définitivement du carcan musical local, peu enclin à la pop à l’anglaise.
lundi 24 novembre 2008
Xavier Rudd - Kangou Roots
Idée de petite annonce à paraître dans Libé. « Cherche homme des bois, moins de la trentaine, chanteur à ses heures, calme, spirituel et soucieux de son prochain… Sans oublier bel homme, du genre blond, bien bâti, aux allures de surfeur ». Dans cette hypothèse, Xavier Rudd est la personne idéale. En disque en tout cas. Car il est difficile de lui mettre le grappin dessus. Quand il n’est pas en tournée à travers les quatre coins du globe, on l’imagine facilement naviguer d’îles en îles, au large de l’Australie, guettant l’inspiration sur un radeau tordu par les vents. A s’isoler dans des refuges, d’escales en escales, pour y coucher ses idées sur papier, loin du chahut de la civilisation.Mais en ce moment, l’artiste est parmi nous. Et il surfe sur une bonne vague. En sortant son septième album, White Moth, dont il se dit être « vraiment fier », il confirme sa place au panthéon déjà bien rempli des chanteurs de folk-blues, au milieu des Ben Harper et autre Jack Johnson. « J’ai l’habitude d’enregistrer un album en une semaine. Pour celui-là, on a pris notre temps, histoire d’explorer les choses plus en profondeur », explique-t-il.
Voix frêle et tortueuse, textes douloureux, accompagnements rythmiques hypnotiques : Rudd dépasse ses congénères. Car il a un truc en plus. Une spiritualité qui élargit ses influences musicales et qui rend sa musique bien plus expérimentale. « Elle vient de plusieurs endroits différents. C’est à force de voyager que mon style s’est développé », reconnaît-il, incapable de savoir d’où lui vient cette particularité. Autre signe distinctif : son langage, baba à fond. « Energie, « connexion » sont ses mots fétiches. Alors quand on lui demande à quel moment l’inspiration le saisit, la réponse semblait déjà écrite. « Mon inspiration, je ne la contrôle pas. J’attends que mon énergie s’extirpe et le reste vient tout seul ». La seule chose dont la réponse lui vient instinctivement, c’est sur l’origine de sa musique. « J’aime beaucoup Jack et Ben, je les connais bien. Mais ce que je fais est plus de la musique du monde que du folk». Et il n’a pas tort. Multi-instrumentiste émérite, Xavier tâte du tambour, de l’harmonica, de la guitare à douze cordes acoustiques et du didgeridoo, une sorte de tube en bois où, quand on souffle à son embouchure, on obtient un son proche de la corne de brume. « C’est très dur de jouer du didgeridoo, mais j’aime son côté traditionnel. Ça me rapproche des racines aborigènes de mon pays, c’est capital ».
Tout semble dit : Rudd est le stéréotype du Kurt Kobain des îles. Un type exotique, original, mais rustre et peu enclin à parler de lui. Qui se préoccupe davantage de ses plantes que de ses semblables. Pourtant, plusieurs tragédies l’ont marqué ces dernières années, l’incitant à s’occuper davantage des affaires de la cité. A commencer par le 11 septembre. « J’ai été choqué de la tournure qu’ont pris les évènements. J’étais au Canada quand j’ai appris la nouvelle. Et je n’ai pas compris la réaction des gens. Il fallait à tout prix déclarer la guerre, peut importe à qui… » Horripilé par tant de haine, Rudd en a écrit une chanson, « The September, 12 ». C’est dire si le surfeur se défait des idées reçues... Et s’éloigne définitivement de la légèreté des chansons folk exotiques habituelles.
Damien Grosset
