«Falling off the Lavender Bridge » Domino/PIAS
par Damien Grosset
Lumineux, mélancolique et dispersé : Devonte Hynes, plus reposé qu’avec ses Test Icicles, pond la plus grande perle pop de ce début d’année. Sublime.
Il suinte de cet album une inextricable impression de faire coexister des contraires. Pas tant dans la diversité des styles musicaux, résolument pop et folk, aux sporadiques approches americana ; comme une réminiscence d’Elvis Costello, encore un brin moins florissant et au goût pas encore totalement mûri. Mais plutôt dans la contradiction entre ce que communique Devonte Hynes, alias Lightspeed Champion, et la bonne surprise qui ressort de l’écoute de ce Lavender Bridge.
Grosses lunettes à
Mais l’apparence est trompeuse. Moelleuse et croustillante comme un gâteau coloré aux Smarties, aux vocalises de miel sauvage, la pop lumineuse de Dev se dévore en une bouchée. A peine l’album ingurgité qu’on a envie de repasser à table, histoire de décortiquer chaque arrangement qui compose un morceau. A l’instar de "Midnight Surprise", perle de près de dix minutes. Montée des violons, pianotage d’un dimanche en famille, arpèges de guitares acoustiques, envolées pop parfois inspirées des vastes contrées texanes (pour l’anecdote, il est un Londonien d’adoption né à Houston) : les styles se croisent puis s’imbriquent pour ne faire plus qu’un. Après chaque refrain, une nouvelle surprise. Résultat : une ode à la vie. Des mouvements d’humeurs d’un personnage qui récolte le germe de l’inspiration à travers ses rêvasseries passées. Encore mieux qu’un album sublime, Lavender Bridge n’est que la première couche d’un génie affecté du syndrome du don.

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