vendredi 28 novembre 2008

Les Sunday Drivers : une pointe de soleil dans une pop de brute

T-shirt moulant au ras du nombril, barbe de trois jours, tignasse grasse abondante et de couleur noire méditerranéenne : ce style négligé, stéréotype du branleur apathique qu’inonde la pop anglaise, les Sunday Drivers le manipule plutôt bien. Autant dans leur musique, épurée, du genre pop tranquille et accrocheuse que l’on écoute cheveux au vent à bord d’une décapotable, que dans leur manière de vivre. Peu remuants, tout sourire, ces espagnols se contrefoutent des conventions du moment. « L’essentiel, c’est de faire ce qu’on ressent sur l'instant. Et que chacun puisse y mettre sa patte », résume Fausto, aussitôt approuvé par le reste de l’équipe. Tous sur un pied d’égalité : c’est la devise du groupe. Pourtant, à six, la tâche aurait pu s’avérer compliquée. « C’est juste que nos liens, pour la plupart, sont tissés depuis longtemps », rajoute Jero, chanteur et principal parolier de la bande. Miguel (basse) et Carlos (percus) se connaissent depuis le lycée et jouaient déjà ensemble. Julian (piano) et Fausto (guitare) sont aussi de Tolède. Ne restait plus qu’à intégrer un chanteur. Puis, avant l’arrivée de Lyndon (gallois touche-à-tout du groupe) il y a presque deux ans, ça faisait six ans qu’on jouait ensemble ».


Pour conserver cette alchimie, les conducteurs du dimanche ont emprunté les routes californiennes. Destination San Francisco, où ils ont enregistré leur second opus. En souvenir de cette « expérience unique », ils en garderont le titre du l’album, du même nom que le studio, Tiny Telephone. Ainsi que la pochette du disque, copiée cette fois sur la porte du studio. C’est dire si le groupe rechigne à se prendre trop au sérieux. Au point d’en devenir une marque de fabrique. Et une des clefs de sa réussite. « Notre succès, on le doit à la chance dans nos rencontres», soutient Miguel, en reluquant ses pieds comme un enfant epris les doigts dans la confiture. « Au festival de Benicassim, on a bavardé avec l’organisateur des Transmusicales de Rennes. Une fois là-bas, nouveau coup de bol : on est tombé sur un mec de chez Naïve (leur maison de production)». Quelques mois plus tard, sur les ondes françaises, déferle l’un des tubes de l’été 2005 : « On my mind ». Avec l’album Little Heart Attacks, ils obtiennent un passe-droit pour franchir les Pyrénées et s’échapper définitivement du carcan musical local, peu enclin à la pop à l’anglaise.

Mais pas question de renier ses racines. Cette pointe de soleil qui résonne dans les mélodies leur appartient. Eux, jouent sur cette originalité. Espèrent, à terme, s’émanciper des influences que les critiques leur octroient. « Nous avons réalisé un gros travail mélodique sur Tiny Telephone, pour qu’il soit encore plus vivant, et qu’il sonne moins années 60, moins Beatles ». D’où cette surenchère dans l’utilisation des claviers et des chœurs. Voila ce à quoi aspire le sextette : se défaire des idées reçues, « faire du neuf tout en restant dans le registre pop ». Et de rajouter : « dès qu’un son nous rappelle un truc connu, on recommence ». Seul hic : avec cet album sortie en pleine entame de période estivale, l’étiquette de groupe « sunshine pop » risque de s’accrocher à leurs longs poils bruns pour longtemps encore.



Damien Grosset

lundi 24 novembre 2008

Xavier Rudd - Kangou Roots

Idée de petite annonce à paraître dans Libé. « Cherche homme des bois, moins de la trentaine, chanteur à ses heures, calme, spirituel et soucieux de son prochain… Sans oublier bel homme, du genre blond, bien bâti, aux allures de surfeur ». Dans cette hypothèse, Xavier Rudd est la personne idéale. En disque en tout cas. Car il est difficile de lui mettre le grappin dessus. Quand il n’est pas en tournée à travers les quatre coins du globe, on l’imagine facilement naviguer d’îles en îles, au large de l’Australie, guettant l’inspiration sur un radeau tordu par les vents. A s’isoler dans des refuges, d’escales en escales, pour y coucher ses idées sur papier, loin du chahut de la civilisation.

Mais en ce moment, l’artiste est parmi nous. Et il surfe sur une bonne vague. En sortant son septième album, White Moth, dont il se dit être « vraiment fier », il confirme sa place au panthéon déjà bien rempli des chanteurs de folk-blues, au milieu des Ben Harper et autre Jack Johnson. « J’ai l’habitude d’enregistrer un album en une semaine. Pour celui-là, on a pris notre temps, histoire d’explorer les choses plus en profondeur », explique-t-il.


Voix frêle et tortueuse, textes douloureux, accompagnements rythmiques hypnotiques : Rudd dépasse ses congénères. Car il a un truc en plus. Une spiritualité qui élargit ses influences musicales et qui rend sa musique bien plus expérimentale. « Elle vient de plusieurs endroits différents. C’est à force de voyager que mon style s’est développé », reconnaît-il, incapable de savoir d’où lui vient cette particularité. Autre signe distinctif : son langage, baba à fond. « Energie, « connexion » sont ses mots fétiches. Alors quand on lui demande à quel moment l’inspiration le saisit, la réponse semblait déjà écrite. « Mon inspiration, je ne la contrôle pas. J’attends que mon énergie s’extirpe et le reste vient tout seul ». La seule chose dont la réponse lui vient instinctivement, c’est sur l’origine de sa musique. « J’aime beaucoup Jack et Ben, je les connais bien. Mais ce que je fais est plus de la musique du monde que du folk». Et il n’a pas tort. Multi-instrumentiste émérite, Xavier tâte du tambour, de l’harmonica, de la guitare à douze cordes acoustiques et du didgeridoo, une sorte de tube en bois où, quand on souffle à son embouchure, on obtient un son proche de la corne de brume. « C’est très dur de jouer du didgeridoo, mais j’aime son côté traditionnel. Ça me rapproche des racines aborigènes de mon pays, c’est capital ».


Tout semble dit : Rudd est le stéréotype du Kurt Kobain des îles. Un type exotique, original, mais rustre et peu enclin à parler de lui. Qui se préoccupe davantage de ses plantes que de ses semblables. Pourtant, plusieurs tragédies l’ont marqué ces dernières années, l’incitant à s’occuper davantage des affaires de la cité. A commencer par le 11 septembre. « J’ai été choqué de la tournure qu’ont pris les évènements. J’étais au Canada quand j’ai appris la nouvelle. Et je n’ai pas compris la réaction des gens. Il fallait à tout prix déclarer la guerre, peut importe à qui… » Horripilé par tant de haine, Rudd en a écrit une chanson, « The September, 12 ». C’est dire si le surfeur se défait des idées reçues... Et s’éloigne définitivement de la légèreté des chansons folk exotiques habituelles.



A SAVOIR

Dave Ogilvie, qui abrite notamment Marilyn Manson, N.E.R.D et David Bowie, a co-produit White Moth avec Xavier Rudd.


Damien Grosset