mercredi 9 décembre 2009

Biocarburant, électricité, hydrogène : quelle énergie pour demain ?

Les énergies alternatives ont le vent en poupe. Entre l’épuisement de l’or noir et la protection de l’environnement, la mise en place de nouvelles énergies sera sans doute un des enjeux du XXIème siècle. Mais quels sont exactement ces carburants de demain et peuvent-ils vraiment être envisagés à grande échelle ?

Par Damien Grosset

Sujet de toutes les convoitises, le pétrole inquiète. Gisements d’exploitation en baisse, coûts d’extraction en hausse : le combustible prend la poudre d’escamp
ette. Le hic : les pays industrialisés en consomme toujours davantage et les pays émergents font exploser la demande mondiale. Conséquence : le prix du baril s’enflamme et les stocks diminuent. Selon l’Institut Français de Pétrole (IFP), l’espérance de vie du pétrole serait de 41 ans, soit l’équivalent d’environ 1000 milliards de barils. Encore plus alarmiste, l’ASPO, l’Association d’étude sur la production pétrolière, envisage le point de saturation en 2015. Une aubaine pour les chercheurs et les constructeurs qui tentent d’accélérer la cadence quant au développement des technologies de substitution.

Les biocarburants : un bilan vert pâle

Déjà exploités dans les pays à fort potentiel agricole (Brésil) ou aux politiques volontaristes (Suède), les biocarburants, produits à partir de céréales ou de betteraves, se substituent au gazole ou au sans plomb dans les réservoirs. Ils imposent peu de modifications, donc peu moins de contraintes aux constructeurs ou aux particuliers (environ 200 euros pour adapter un moteur). Comment le trouver ? Dans les pompes à essence, directement mélangé avec le pétrole dans les pompes à essence, à hauteur de 1%. Un faible taux expliqué par le « manque de compétitivité des biocarburants », soutient David Treguer, chercheur à l’Institut Nationale de la Recherche Agronomique (INRA). « Economiquement, le biocarburant deviendrait compétitif si le prix du pétrole se maintenait entre 75 à 80 dollars par baril » (il franchit les 100 dollars).

Reste que pour les instances dirigeantes, le biocarburant est au centre des préoccupations. « L’objectif est, désormais, de développer les biocarburants. Cela permettrait de réduire les émissions de CO2 dans les transports et de valoriser les surfaces agricoles et forestières », explique Jacques Attali, dans son rapport remis et approuvé en grande partie par le président de la République. Déjà, en 2003, le Parlement Européen avait adopté une directive visant à élever à 5,75% le pourcentage de biocarburants incorporés dans les pompes d’ici à 2010. Sans compter les conclusions du dernier groupe de travail sur la filière flexfuel, présidé par Alain Prost qui stipule la faisabilité du carburant E85 (85% d’éthanol, appellation commune du biocarburant, pour seulement 15% d’essence). Un résultat qui sonne creux puisque les stations fonctionnent toujours à l’essence et non à l’E85. La raison de ce piétinement dans la mise en place d’un réseau de distribution? L’aménagement d’une pompe coûte entre 20 000 et 40 000 €. Enième contrariété : la surface agricole démesurée que nécessite une utilisation des biocarburants à grande échelle et la pollution engendrée à sa pratique, comparable à celle que génère aujourd’hui le pétrole. Les biocarburants à la pIace du pétrole ? Pas maintenant. Reste un espoir pour les chercheurs. Ils expérimentent un nouveau procédé de fabrication appelé lignocellulose. Il permettrait de transformer l’ensemble de la plante en carburant alors qu’aujourd’hui seules les graines ou les tubercules sont utilisés. Cultiver moins de plantes pour produire plus de carburants : telle est la seule solution pour une éventuelle généralisation des biocarburants.

« L’électrique », pile au point ?

L’option du moteur électrique renaît de ses cendres. Dotés de batteries lourdes et encombrantes, les véhicules électriques étaient trop peu puissants pour une autonomie réduite et un temps de recharge important. Mais les progrès techniques réalisés sont prometteurs, à l’image des nouvelles batteries - au lithium-ion - plus petites, plus puissantes et plus autonomes. Après avoir développé le système Cleanova, Dassault et Heuliez croient en cette énergie. « Dans dix à vingt ans, nous roulerons tous à l’électrique », se persuade Serge Dassault. « Même si les constructeurs sont encore frileux, il nous faut changer de cap ». Cette frilosité n’a pas empêché Renault de s’associer au projet. Déjà trente Kangoo équipés et mis à disposition des flottes professionnelles (La Poste, s’entend) sillonnent les routes de France. « Et les particuliers pourraient en bénéficier d’ici deux à trois ans », avance le président de la marque au D. Mais globalement, quelle satisfaction peut-on tirer du moteur électrique ? Car même sa participation à la diminution des émissions de CO2 est toute relative pour Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil auprès de grands groupes français. « Si l’électricité est fabriquée avec du charbon, du gaz naturel ou du pétrole, les émissions de CO2 sont égales voire supérieures à ce qui est engendré en consommant directement du pétrole ». C’est pourtant de cette façon que la plupart des pays fonctionnent. Seules exceptions, les centrales en France, en Suisse ou en Suède fonctionnent au nucléaire, donc sans rejet de CO2 (mais avec des déchets radioactifs !). Le « tout électrique » devra donc faire sa révolution pour être applicable à grande échelle.

Pile à combustible : des révolutions annoncées ?

D’ici 20 à 30 ans, estiment les chercheurs. A la différence de la batterie qui emmagasine l’électricité déjà produite, la pile à combustible (PAC) permet de créer sa propre électricité à partir d’hydrogène et avec de la vapeur d’eau comme seule émission. Et s’il est impossible à prélever à l’état naturel, l’hydrogène peut être extrait de milliers de composés (gaz, eau, sucre…), ce qui en fait un carburant quasi-inépuisable. Tous les experts sont donc unanimes : si la pile à combustible fonctionne à l’hydrogène, elle sera la technologie de demain. Seul hic, mais de taille, le coût reste élevé. « Son stockage et son transport empêchent encore de mettre complètement à jour cette ressource » explique l’IFP. Il est de l’ordre de 1000 € par kilo, à raison de 4 à 5 kilo d’hydrogène pour une autonomie de 500 km. Et quand on demande à Serge Dassault pourquoi il n’a pas misé sur la PAC, sa réponse est sans équivoque : « c’est encore trop prématuré. La technologie coûte trop cher ». Reste que les experts estiment un prix du kilo aux environs de 66 €, avant 2015. Le principe de la fusion nucléaire à froid pourrait par exemple venir bouleverser la donne. Certains scientifiques auraient ainsi réussi à reproduire une fusion nucléaire à température ambiante et sans rayonnement radioactif. Si elle est encore mal maîtrisée et très controversée chez les scientifiques, la fusion à froid pourrait être une source d’énergie propre, puissante et surtout à la longévité sans équivalent.

Le gaz naturel, trop confidentiel

Autre carburant de substitution, le GNV (Gaz Naturel Véhicules). On compte déjà près de 5 millions de véhicules équipés dans le monde dont environ 10 000 en France (autobus, bennes à ordure, flottes de véhicules légers et utilitaires…). Le principe est simple, le moteur thermique est alimenté par un mélange de Méthane et d’hydrocarbure légers qui remplace l’essence. Le gaz est transporté dans des grosses bouteilles sous pression (200 bar) qui sont rechargées soit par des pompes prévues à cet effet, soit directement chez soi à l’aide du borne spéciale, le méthane, distribué dans bon nombre de foyers (gaz de ville). Le GNV offre de multiples avantages. Les réserves de gaz naturel sont plus abondantes et mieux réparties que le pétrole, aucune transformation « polluante » n’est nécessaire avant consommation et les infrastructures de transport existent déjà. Il ne rejette ni particule, ni fumée pour des émissions de C02 réduites de 25%. Enfin, le coût de ce carburant est inférieur à celui de l’essence (0,58 € le m3, équivalent à 1 litre d’essence) pour une autonomie qui varie de 200 à 400 km. Et si le prix d’achat est supérieur d’environ 10% de au même modèle essence, des avantages fiscaux permettent de s’y retrouver. En juin 2005, tous les parrains du GNV regroupés au sein de l’Association Française du Gaz Naturel pour Véhicules (AFGNV) ont signé un protocole pour promouvoir cette énergie. L’objectif est de réduire les coûts d’utilisation (prix d’achat de véhicules, limitation des taxes…) et de développer les points de recharge (plus de bornes privatives, objectif de 300 pompes en France pour 2010…). L’association espère ainsi franchir en 2 010 le cap de 4 500 véhicules lourds et des 100 000 véhicules légers. Encourageant, mais trop confidentiel pour espérer se substituer au pétrole.

Vers une nouvelle ère énergétique ?

Le pétrole est mort, vive le pétrole ! A considérer les propos des experts, la maxime serait encore d’usage. Car si les alternatives à l’or noir prennent forme, l’attente sera encore longue. Les retombées pour le grand public se limitent pour le moment à des véhicules hybrides (la Prius de Toyota) qui occupent davantage l’espace médiatique que le réseau routier. Puis le parc mondial automobile (700 millions de véhicules) rend difficile et coûteuse leur mise en place, même à petite échelle. Sans compter que l’idée d’investir dans une énergie pas assez décisive effraye, d’autant que les progrès de la science pourraient bouleverser la donne du jour au lendemain et anéantir tous les efforts financiers consentis. Rassembler tous les acteurs - dirigeants, chercheurs, producteurs, constructeurs, distributeurs - et déterminer un axe de travail commun pourrait ainsi accélérer le changement. A condition que l’intérêt général passe avant les intérêts particuliers, ce qui reste difficile avec autant d’avis différents autour d’une même table.

lundi 7 décembre 2009

Copenhague : les chefs d’Etats au chevet de la planète


192 pays se réunissent aujourd’hui dans la capitale danoise dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le changement climatique. Principal enjeu : limiter la hausse des températures à 2°C. Une fraction de seconde à l'échelle du temps planétaire, mais déjà une éternité dans le calendrier des politiques.

Sur le constat, tous les dirigeants sont unanimes : si aucun n’agit, la capacité à s’adapter de nos sociétés est en péril. « La menace représentée par le changement climatique est grave, elle est urgente et elle grandit », rappelait avec force Barack Obama le 22 septembre dernier au siège de l’ONU, à New York. Un avertissement tel, que le président américain s’est vu contraint et forcé par la pression internationale (et notamment par le président français) d’assister à la clôture du sommet de Copenhague le 18 décembre, alors qu’il n’avait prévu qu’une simple escale le 9 décembre.

Toutefois, rien ne bouge vraiment. Pire, si le protocole de Kyoto engageait les pays signataires à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), elles ont augmenté de 3,4 % par an depuis 2000. Pourtant, selon les recommandations de la communauté scientifique réunie dans le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les engagements que doivent prendre les Etats sont clairs : il s’agit de réduire de 50 % les émissions mondiales de CO2 d’ici 2050 afin de limiter un réchauffement climatique de 2°C.

Un désaccord entre deux blocs

Copenhague comme l’avènement d’un nouvel espoir ? En réalité, pas vraiment. Car outre quelques engagements pris avant le début du sommet (l’Union Européenne s’engage sur une diminution de 20 % de GES d’ici à 2020 par rapport à 1990 et les Etats-Unis à une réduction de 17 % d’ici 2020 par rapport à 2005), beaucoup crient au scandale quant au déséquilibre dans la répartition des efforts. Et déjà, une nouvelle séparation des blocs émerge, entre d’un côté les pays du Nord, incapables de maîtriser leurs émissions, et de l’autre les Pays du Sud, qui réclament des pays développés des objectifs de réduction plus ambitieux ainsi que des aides financières et un meilleur accès aux technologies vertes. A l’instar des nouveaux pays émergents comme l’Inde, qui assure qu'elle ne signera pas un accord contraignant sur des objectifs de réduction des émissions. Ou encore de l’Afrique du Sud, du Brésil et de la Chine (premier pollueur mondial, devant les Etats-Unis) qui ont déjà rejeté l’idée de fixer un pic d'émissions d'ici à 2020. Sans compter qu’au milieu se glissent les pays pétroliers et gaziers, comme la Russie, qui freinent les négociations et réclament un statut particulier.

C’est dire si le 18 décembre un traité semble difficilement envisageable. Mais un accord politique permettant de déboucher, l'an prochain, sur un véritable traité, est possible.



Damien Grosset

vendredi 18 septembre 2009

Et si vous échangiez votre maison ?

Par Damien Grosset

Prêter son chez-soi pour les vacances ? Un concept encore méconnu mais qui rencontre de plus en plus d’adeptes. Principe, témoignages, risques et avantages : toutes les clés pour passer des vacances gratuites… ou presque.


Troquer son appartement parisien contre un ranch dans les terres mormones ? Ou encore laisser à des inconnus sa villa tropézienne contre un trois pièces new-yorkais ? Telle est l’idée pour voyager et se loger pas cher. Et qu’importe si votre logement comporte moitié moins de pièces que celui de votre correspondant. Car le but n’est pas de se prélasser dans un confort type Club Med. Ici, c‘est plutôt une formule économique et conviviale, du genre de celle destinée aux curieux en quête d’un nouveau mode de vie le temps d’une quinzaine.

Un concept nouveau ?

Pas vraiment. Sa pratique remonte aux années 50 du siècle dernier. Mais la démocratisation d’internet le dévoile au grand jour. La preuve : environ 250 000 trocs s’effectuent dans le monde à travers la toile. Et pour en profiter, rien de plus simple. Il suffit de s’inscrire sur un des nombreux sites spécialisés. Validation des accords entre membres, règlement de l’adhésion : la souscription ressemble de près à un contrat. Reste à l’organisme à mettre en ligne votre recherche et votre logement. Après, c’est à vous de jouer.

Faire confiance

"C’est la meilleure façon de vous donner un pied à terre pour visiter d’autres pays", déclare Michel, adepte de la formule de l’échange de maison. Preuve en est : il réitère l’expérience pour la troisième année consécutive. Comment a-t-il connu le procédé ? Grâce à Serge Dugas, créateur du site echangedemaison.com, spécialisé en la matière. Prévention des risques, conseils, propositions d’échanges : Serge ne joue que les entremetteurs.

Pour le reste, ce sont les participants qui rentrent en action. "Ils échangent leurs coordonnées, entrent en contact et tâtent le terrain", souligne Serge, comme pour se décharger de toute responsabilité. Un détachement qui n’effraie pas les plus aventuriers. "Ce qui me soulage, c’est de savoir que l’on peut encore faire confiance", affirme Michel. Même chose pour Viviana et Giordano qui ont conclu l’été dernier leur sixième échange. Pour ces italiens, il n’y a pas que la découverte d’une nouvelle façon de vivre qui prime. "C’est surtout les échanges humains, ajoutent-ils. On se caline un peu entre familles: on s’envoie des cadeaux ou on s’en laisse avant de partir de chez eux".

Gérer l'imprévu

Que les moins avisés se rassurent : les risques sont contrôlés. "Les cas de plaintes, c’est pas plus de 1 %", affirme Serge. Mieux encore, il propose de signer un contrat entre les membres. "Il n’a pas de véritable valeur légale, c’est juste qu’il rassure les contractants", reconnaît-il. Mais le document a une valeur morale. Il garantit deux choses. Déjà, que l’adhérent n’a aucun avantage à dégrader votre maison, juste parce qu’il sait que vous pouvez en faire autant. Et que si l’un d’eux supporte deux plaintes consécutives, il est suspendu par l’organisme.

Reste un moyen essentiel pour contrecarrer les imprévus : votre assurance. D’une part, pour l’habitation, en cas d’incendie ou de dégât des eaux. Optez pour "une garantie villégiature", elle est une extension à votre contrat vous immunisant lors de séjours de moins de trois mois. Enfin, pour la voiture : imposez dans les clauses une limitation de kilomètres, par exemple.

Cerise sur le gâteau : mettez à l’aise ceux qui occuperont votre coucher. Faites leur visiter les lieux, invitez les à dîner, donnez leur quelques conseils sur les bons plans de votre région. Et puis surtout, faites leur confiance : ils vous le rendront bien.

Infos pratiques

Le site de Serge Dugas : echangedemaison.com
Montant de l’adhésion : 45 € pour l’année ou 89 € pour une consultation des annonces à vie.

vendredi 28 août 2009

Le tri des ordures a la peau dure

Le tri sélectif emballe de plus en plus les foules. Mieux, il est pratiqué avec assiduité. Reste que d’autres alternatives sont méconnues du grand public. Rappel des gestes à accomplir, astuces pour limiter la propagation des déchets : tout ce qu’il faut pour être un trieur accompli.

Par Damien Grosset

350 kg de déchets par an pour un habitant. Un chiffre qui, selon l’étude menée par l’Ifen (Institut Français de l’Environnement), a doublé durant ces quarante dernières années. Mais aussi un résultat qui contraste avec le succès de la pratique du tri sélectif. Car si tout le monde, ou presque, met la main à la patte pour séparer les emballages, trop peu cherchent à limiter leur quantité.

Respecter les couleurs

Piqure de rappel. Respecter le tri sélectif, c’est séparer les déchets par famille. Pour les ordures hors-verre, c’est le couvercle jaune. Y entrent les bouteilles plastiques, les canettes de boisson, les cartons (vidés, bien évidemment) et les journaux. Ne pas y mettre le verre, réservé au bac blanc. Ni les ordures non recyclables, conservés dans le bac vert. A savoir : les bouchons de liège des bouteilles et les couvercles en métal des bocaux appartiennent respectivement au bac vert et au bac jaune.

L’emballage, centre de toutes les attentions

Avec la rareté des sacs de caisse, nul doute que les grandes surfaces se la jouent aussi écolo. Mais le hic se trouve dans les rayons. Lingette, essuie-tout, rasoir ou brosse à dents : les produits jetables inondent les magasins. Sans compter la taille disproportionnée des emballages, où les directeurs marketing mettent le paquet pour attirer l’œil du client.

Reste plusieurs solutions : optez pour les packagings propres, dits éco-emballages (souvent accompagnés du label NF Environnement), ou privilégier les produits en grande quantité (quitte à être en vrac) plutôt que les portions individuelles.

Jeter utile

Sous quel couvercle vider sa boîte de médicaments périmée ? Celui pour les plastiques ? Logiquement, oui. Mais les déchets toxiques ont aussi leur notice. Exemple : pour les produits pharmaceutiques, les réexpédier à l’envoyeur est possible (ici, la pharmacie). Même chose pour vos huiles, batteries usagées ou encore vos piles. Autrement, subsiste une énième alternative : la déchèterie.

Ou déposer votre vieille machine à laver ? Sur le trottoir devant chez vous, en attendant le ramassage mensuel des ordures? Depuis la directive sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) de 2005, les magasins d’électroménagers sont tenus, lors de l’achat d ‘un nouvel appareil, de reprendre l’ancien.
Autre astuce pour jeter utile : les associations caritatives. Elles collectent, réparent et revendent. C’est le cas de la fédération Envie. Chaque année, elle collecte environ 500 000 appareils et en revend 65 000.

Ils s’en chargent

Lydie Bertrand, chargée de communication à la fédération Envie

« On vend les appareils rénovés à prix réduit pour les familles modestes ».

« Le processus est simple : on récupère dans les déchèteries ou chez les distributeurs les appareils électroménagers en fin de vie. On les diagnostique puis après validation, on les désinfecte et on les nettoie. Ceux qui ne sont pas rénovés sont orientés vers les filières de recyclage. Les autres sont soumis à un contrôle qualité avant d’être mis en vente dans nos magasins. On vend les appareils rénovés à prix réduit et ils sont garantis un an. C’est une aubaine pour les familles modestes et ça montre que l’on ne doit pas jeter n’importe comment ceux dont on ne se sert plus. Et au résultat, tout le monde est gagnant ».

lundi 22 juin 2009

Parler vrai

Michel Rocard, 79 ans, député européen. Avec la sortie de son livre-entretien, il continue à pourfendre ce qu’il appelle la scission au sein du parti socialiste et n’hésite pas, toujours cinglant, à régler ses comptes avec une partie de l’intelligentsia de gauche.

Par Damien Grosset

Dos voûté, crâne largement dégarni, petit et malingre : à l’allure, il ferait penser au professeur Tournesol, le septuagénaire à la fois sensé et agité des célèbres aventures de Tintin. C’est dire si l’homme n’est plus tout jeune. Certaines mauvaises langues iront même dire qu’il a fait son temps. Pas étonnant vu la masse d’ennemis qui l’entoure, autant à droite qu’à gauche d’ailleurs. A ces piques, il rétorquerait sûrement, grincheux, que ce sont des bavardages de gens sans responsabilités, comme pour induire qu’il n’a pas chômé durant sa longue et tumultueuse carrière.

Car Michel Rocard s’est employé un peu partout. De ses débuts d’inspecteur des finances il n’en a pas pour autant oublié sa première passion: la politique. Du secrétariat national du PSU à partir de 1967 à celui du PS en 1974, sans oublier son premier tour de l’élection présidentielle en 1969 (il n’a obtenu alors que 3,61 % des suffrages), l’homme devient très vite l’une des figures incontournables de la gauche. De quoi se donner le droit de tout dire ? Pour lui, la question ne se pose pas. Quand l’homme à la réputation du “parler vrai” monte sur la scène, on se met en mode one man show : on s’assoie, on se tait, et on l’écoute descendre ses têtes. Ca fait sourire certains visages, en fait crisper d’autres. Mais c’est ce style si à part, à la fois agaçant et attachant, qui en a fait, au regard de la gauche, un homme juste, un homme de vérité.

Michel Rocard est partout en ce moment. Pas seulement dans les congrès et autres colloques. Non, là il s’agit surtout des plateaux télévisés. La raison : un livre-entretien intitulé “Si la gauche savait” avec Georges-Marc Benhamou, l’ancien confident de Mitterrand. Un premier clin d’oeil qui laisse envisager le contenu de l’ouvrage. Le titre, assez évocateur lui aussi, nous promet un sincère règlement de comptes avec la gauche. Finalement, tout ce que pense et dit tout haut l’homme politique couché sur du papier. Rocard le nostalgique raconte, Rocard le clairvoyant projette. Puis il y a aussi l’autre Rocard, revanchard et amer, qui chahute les siens. Un, plus particulièrement, et le plus connu de tous : Mitterrand. Déchu, exclu, fourbu même...le vieil homme a été victime du succès de son rival. “François Mitterrand n’était pas un honnête homme”, avouera t-il peu de temps après sa mort. Une manière de simuler et de dissimuler que lui, au style sans détour, n’a jamais su pratiquer.

Ce qui ne l’a pas empêché de mener tambour battant l’action politique. Création du RMI, règlement de la crise calédonienne, remaniement à son compte du parti : un bilan flatteur qui en fit l’idole des médias et d’une partie de l’intelligentsia de gauche. “Je n’ai pas eu besoin d’être président de la République pour provoquer la décentralisation ni réconcilier les catholiques et la gauche”, ajoute-t-il au sujet de Mitterrand, en sa mémoire.

Aujourd’hui, Michel Rocard s’est trouvé un autre créneau : l’Europe. Profitant de la débâcle des législatives de 1993, il s’est porté candidat pour l’élection de député européen. Ce qu’il fut immédiatement. Avait il fait le tour de la question socialiste ? Etait-ce pour fuir son indéfectible adversaire? Lui ne veut rien dire. Toujours est-il qu’il s’investit corps et âme dans cette fonction. “Ce machin à 25 nations qui rend toute guerre impossible entre elles est historiquement miraculeux. Or il est fragile, et il reste essentiel d’empêcher tout mécanisme de désagrégation de s’enclencher. C’est la raison majeure de ratifier de toute façon la prochaine constitution, quelque imparfaite qu’elle soit”. C’est dire si le référendum du 29 mai lui est resté en travers de la gorge. Pour lui, ça ne fait aucun doute: si la constitution s’est prise dans les filets du “non” c’est la faute de la gauche. De quoi dégoupiller une de ses grenades dont il a le secret: “Quand on est con, on est con”, dira t-il de Laurent Fabius, opposé au “oui”, et qui plus est mitterrandien. Mais tout le monde en prend pour son grade. Emmanuelli ? “Il a préféré me casser les reins plutôt que de me laisser affronter Chirac à la présidentielle de 1995". Jean Poperen? “Un forban”. Et sinon, encore du Fabius? “Il incarne le cynisme pur”, dit-il à Benhamou, pour en remettre une couche. De toute façon, la gauche est devenu insupportable aux yeux de Michel Rocard. “La famille socialiste française est divisée depuis plus d’un siècle. Elle se trouve dans un marasme idéologique depuis 1905, date de fondation du parti”. Un appel à la rupture qui hérisse le poil de tous les sous-partis du parti. Benoît Hamon, ex-rocardien: “C’est un appel à la scission ridicule et pathétique. Il faut qu’il s’interroge sur ses propres convictions”. Ça sent le soufre au sein de la gauche.

jeudi 18 juin 2009

Les divas déglingués du rock

Allure de défroqué à la ramasse, propos crus, intonations félines…les chanteuses, rockeuses en tête, s’emparent de la musique populaire. Elles reprennent le flambeau, éteint depuis plus d’un demi-siècle, d’une poignée de femmes aussi provocantes qu’émouvantes.

Par Damien Grosset

« Oh mamie, je suis si seule, Oh Dieu comme tu me manques…Pour ce vide qu’est devenu ma vie ». Textes au parlé-chanté d’écorché vive, à la voix si fragile et innocente qu’elle est au bord de se briser avant la fin du morceau : PJ Harvey, égérie folk d’outre-manche, délivre avec White Chalk un album vulnérable, intense et affolant. Un album si empli de désarroi qu’il en est sans nul doute devenu l’une des clés de son succès. Ce penchant suicidaire pour l’excès, à s’enfiler la corde au cou, s’identifie chez plus d’une. Amy Winehouse, par exemple. A force d’engluer les bandes FM, de faire les choux gras des tabloïds, elle est plus célèbre que sa congénère. Peut-être aussi parce qu’Amy joue la carte de l’excessivité à 100%. Accroc à la dope, à la picole aussi, et forcément dépressive, elle parvient à bouleverser les foules par ses textes crus, ses chansons sinueuses portées par les modulations d’une voix tortueuse, voire par moment souffreteuse. Des caractéristiques qui la conduisent déjà, après deux albums, au panthéon du « girl power » douloureux et pessimiste, au milieu des Aretha Franklin, Bessie Smith ou autres Janis Joplin.



Certes, le phénomène n’est pas neuf, mais il n’a jamais autant résonné qu’aujourd’hui. En France, Adrienne Pauly pleure son vide sentimentale (« Je veux un mec »), Koxie moque ses ex (« Tu sais que garçon, si t’enlèves la cédille, ça fait garcon, alors gare aux cons, ma fille… »). De l’autre côté de l’océan, Beth Ditto, sorte de Cindy Lauper doublé de volume, clame haut et fort qu’elle préfère « brouter le minou qu’un manche sans goût ». Et Juliette Lewis, ancienne actrice bidon pour films de bidochons reconvertie aux riffs métal hurlants, crache de sa guitare un venin nocif à la branche conservatrice de son pays. Bref, toutes, féministes à mort, foutent un coup de santiag aux tabous. Qu’importe leur univers, toutes se réclament des mêmes : les chanteuses blues/jazz d’hier genre Nina Simone, Dinah Washington, Billie Holiday. Tel un hommage à ces femmes aux destins sombres, abîmées par les coups et par la vie. Aretha Franklin, d’un coup de poing magistral sur la table, le chantera dans R.E.S.P.E.C.T (« Tout ce que je demande, c’est juste un peu de respect quand tu rentres le soir »).

Coup marketing ? Régénérescence d’un courant mort depuis 50 ans ? Sans doute, un peu des deux. Génération en mal de vivre ou pas, la défroqué attitude chez les jeunes cartonne. Le rock ressort ses guitares, la culture de la picole, comme un vin de messe obligatoire, fait déborder les coupes. « Les bluettes sirupeuses ne sont plus au goût du jour », explique Olivier Granoux, rédacteur en chef de Rolling Stone. « On veut du trash, du cru plutôt que du réchauffé. Et ces filles là, mêmes si elles sont sincères, l’ont bien compris ». Preuve en est : Amy Winehouse, à ses débuts, jouait dans la catégorie crooneuse jazz-pop, à l’image de Katie Melua ou Norah Nones. L’arrivée de Mark Ronson, producteur new-yorkais, l’a métamorphosé. « Elle annule ses concerts, vomit sur son public, côtoie de plus en plus les cures de désintox…En deux coups de cuillères à pot, Amy est devenue le Pete Doherty au féminin ». A croire que la jeune anglaise de 24 ans s’est pris au jeu. Reste maintenant à savoir si exorciser ses démons lui rend vraiment service. La suite, au prochain album.

vendredi 12 juin 2009

Brèves Alternatives Economiques

97 %
Selon une étude réalisée par OneStat.com, cabinet d’études néerlandais, 97 % des détenteurs de PC utilisent Windows, dont 86,80 % la version XP. Les systèmes d’exploitation Linux (0,36 %) et Macintosh (2,47 %) se partagent les miettes. Qu’en déduire ? Essentiellement deux constats. Que malgré les vives critiques qu’il essuie, le géant américain de l’informatique garde les mains libres. Et enfin, loi anti-trust oblige, que la firme n’en a pas peut-être pas fini de ses démêlés avec la justice.

La loi sur la consommation rejetée
Sans surprise. Le projet de loi en faveur des consommateurs, ouvrant la voie aux actions de groupe (ou class actions), a été exclu de l’agenda parlementaire. A qui la faute ? A une majorité divisée sur la question, entre un Nicolas Sarkozy réfractaire à la « judiciarisation du droit économique » et un Jacques Chirac qui le réclame depuis ses vœux aux Français, début 2005. Selon les dispositions du texte, il s’agissait d’offrir la possibilité au consommateur d’intenter un recours en justice « né d’un manquement d’un professionnel à ses obligations contractuelles ». En d’autres termes, d’octroyer plus de liberté au consommateur souvent démuni face aux pratiques abusives de certaines entreprises. Si le projet faisait grincer les dents du Medef, son abandon fait pester les associations de consommateurs. A l’instar d’UFC-Que choisir, pour qui le consommateur est « victime de la lâcheté du gouvernement ».

Pour en savoir plus :
« Droit de la consommation : polémique sur les actions de groupe », Alternatives Economiques n° 250, septembre 2006, disponible dans nos archives en ligne. « Suspense parlementaire », Alternatives Economiques n° 255, janvier 2007.

Les vendeurs sur Ebay recadrés
68 000. C’est, selon le HMRC (Her MAjesty’s Revenue and Customs), le nombre de personnes qui font de la vente sur Ebay leur unique fond de commerce. Chargé du ramassage des impôts, ce département du gouvernement britannique reproche à ces vendeurs tous azimuts de ne pas verser de contribution à l’Etat, comme le réclame la loi à tout commerçant indépendant. Une responsabilité que ne veut pas endosser le leader des ventes aux enchères sur internet. « La majorité des vendeurs sur le site est là pour se débarrasser de biens dont ils ne se servent plus. Seule une minorité est concernée par ces activités », se rassure un porte-parole d’Ebay, conscient aussi que beaucoup ignorent devoir payer une taxe en vendant un produit en ligne. Au HRMC de rétablir la donne en lançant une campagne d’avertissement. Seront coupables de « vente illicite » ceux qui achètent ou fabriquent des biens pour les revendre en ligne, qui vendent un service pour être rétribuer en retour, ou encore ceux, plus vicieux, qui touchent une commission en vendant des biens pour autrui. Mais encore faut-il que leur chiffre d’affaires dépasse les 61 000 £ (environ 77 500 €) par an. Des intérêts ajoutés au double de la taxe seront réclamés aux irrésistibles qui ne voudront pas s’y soustraire. Une disposition efficace puisque déjà 2 000 vendeurs se sont inscrits sur les fichiers du HRMC.


mercredi 10 juin 2009

Ecogestes : peut-on faire rimer écologie et économies ?

Subvenir à ses besoins tout en respectant l'environnement, c'est possible ? En adoptant la pratique de l’éco-geste, oui. le principe est simple : baisser ses consommations d’énergies pour mieux faire dégringoler ses factures. 15 pistes pour vivre moins cher chez soi avec le même confort.

La compteur électrique à zéro

1- Eteindre l’interrupteur lorsqu’on sort d’une pièce.
2- Dépoussiérer régulièrement les ampoules: un geste qui fait économiser 30 % de luminosité.
3- Se débarrasser des abat-jours. Souvent trop épais, ils diffusent mal la lumière et obligent à allumer une autre lampe.
4- Maintenir les rideaux ou les stores ouverts laisse pénétrer au maximum la lumière naturelle dans les pièces.

Electro à ménager

5- N’utiliser le lave-vaisselle ou la machine à laver que lorsqu’ils sont pleins.
6- Faire sécher son linge ailleurs que dans un lave-linge (c’est, en moyenne, 15 % de la consommation annuelle d’électricité).
7- Surveiller les modes veilles des matériels Hi-Fi. Même pas utilisés, ils consomment de l’énergie.
8- Régler le réfrigérateur sur une température basse de 5°C maximum.

Ne pas faire déborder l’eau


9- Utiliser deux bacs dans l’évier pour faire la vaisselle: un pour le lavage, l’autre pour le rinçage.
10- Préférer la douche au bain, c’est utiliser entre 60 et 80 litres d’eau, soit la moitié de la quantité requise pour un bain.
11- Se servir d’un verre d’eau pour se rincer les dents et un bol d’eau pour nettoyer le rasoir.

Le chauffage à moindre débit


12- 19°C dans une pièce, c’est suffisant, et c’est 7 % d’énergie économisée.
13- Empêcher la chaleur de s’échapper en isolant tous les murs de la maison.
14- Entretenir la chaudière tous les ans, c’est 8 à 12 % d’énergie consommée en moins.
15- faire un bon feu de cheminée avec du bois bien sec (un bois humide pollue davantage en brûlant) marqué “NF Bois de chauffage”.


Voir plus loin :

Comment acheter rentable ? Rien de plus simple. Quitte à dépenser plus à l’achat, mieux s’équiper permet des économies d’énergie et d’argent. Quelques astuces.

Chasse d’eau
40 litres. C’est le débit quotidien d’eau consommée dans les toilettes chaque jour pour chaque Français. Onéreuse à l’achat, une chasse d’eau double commande consomme 3 à 6 litres par utilisation, soit la moitié d’une chasse d’eau ordinaire.

Limiteur de débit
Limiter les débits en choisissant des dispositifs d’économiseurs d’eau: le robinet mitigeur (10 % d’économie d’énergie) ou thermostatique (30 %), plus cher, ou encore un limiteur de débit sur une pomme de douche. Même chose pour les radiateurs. Les Equiper d’un robinet thermostatique pour réguler la température économise l’énergie (10 %).

Appareil électroménager
Opter pour un appareil consommant moins d’énergie. Plus cher à l’achat, sa consommation moins importante fait vite rentrer dans les frais. Il suffit d’étudier à la loupe les lettres indiquées sur les étiquettes énergétiques. Elles s’échelonnent de A à G, la première étant la moins consommatrice d’énergie, et inversement.

Ampoules
S’équiper en ampoules basse consommation. Elles consomment cinq fois moins que les ampoules à incandescence et durent huit fois plus longtemps, pour un confort d’éclairage identique.

lundi 1 juin 2009

Schuller, le new Yorke

Posté aux sommets des buildings new yorkais, le chanteur français organise une visite de la ville vue d’avion.

«Evenfall»
(Pias)


Par Damien Grosset

Déjà, en 2005, son Happiness avait chahuté nos sens avec ses complaintes désenchantées conçues pour se savourer seul, dans le noir. Mais ce disque, le second d’un banlieusard des Mureaux réfugié poétique entre New York et Philadelphie, est l’œuvre d’un funambule déraciné qui marche vers l’inconnu pour mieux ressentir les délices du vertige. Une pop astrale et onirique qui, une fois qu’on s’y jette, nous emmène de l’aube au crépuscule visiter ses contrées fabuleuses. Et en profite, de pics en précipices, pour jouer avec nos émotions.

Premier morceau qui servira de BO à l’ami Ricoré, “Morning Mist“ est une effervescence pour les plus rudes lendemains de cuite, alors que de son côté, “Awakening“, véritable scie céleste façon Mercury Rev, mettra en apesanteur le plus costaud des bûcherons. Mais la journée ne fait que commencer. Après les errances radieuses sous les premiers rayons de soleil de « The Border », Schuller digne d’un western orchestré par Ennio Morricone (« New York »).

Plus de doute maintenant : si ce disque est une promenade en ville, c’est à New York qu’elle se déroule. D’abord, pour son ambivalence. Un détour vers l’amoncèlement du béton compressé de Manhattan sans jamais vraiment pénétrer dans les sueurs sauvages de Harlem. Ensuite, parce que Schuller y visite les buildings expérimentaux de Sufjan Stevens, d’Animal Collective et surtout le parcours touristique blafard de Thom Yorke. Une pratique décomplexée de l’art libre aux sonorités organiques qui dépassent largement les limites de la pop.

Il est déjà tôt. Après les douces brises au clair de lune de « Midnight », Schuller enveloppe Central Park d’une couche épaisse de brouillard et de rosée (“High Green Grass”). Une nouvelle journée peut commencer. Les tourments du chanteur résonnent encore, plaintes lancinantes qu’il ne faut pas chercher à sortir de sa tête.

samedi 23 mai 2009

Planète en surchauffe : y a-t-il vraiment urgence ?

Par Damien Grosset

L’OCDE publie un rapport catastrophe sur l’état des ressources planétaires à l’horizon 2030. Pénurie d’eau, extinction d’espèces, hausse considérable de la mortalité... Si les instances gouvernementales ne mettent pas le pied au plancher, le climat mondial risque de voir gris d’ici les vingt prochaines années.

37 %. C’est, selon l’Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE), la progression des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Un chiffre qui fait froid dans le dos. Et qui, selon la publication du rapport tombé la semaine dernière sur les Perspectives de l’environnement, est voué à s’aggraver. Pour preuve, d’ici 2050, si les pouvoirs publics n’adoptent toujours pas de mesures écologiques adéquates, les émissions progresseront de 52 %.

Un bilan qui fait peur

Les conséquences du réchauffement climatique ? 4 milliards de personnes touchées par la pénurie d’eau, un quadruplement du nombre de décès prématurés dû à la dégradation de la qualité de l’air et une hausse considérable d’extinction d’espèces. Sans compter la recrudescence des catastrophes naturelles, telles que la sécheresse, les inondations, les tempêtes et consorts.

Une poussée de fièvre qui s’additionne avec l’évolution de la croissance économique et démographique. Hausse du niveau de vie, accroissement de la consommation,… La population, riche de 8,2 milliards d’habitants à l’horizon 2030 (6,5 milliards aujourd’hui), demandera 60 % de matières premières en plus (produits agricoles, bois, pétrole) dans les pays développés et 160 % dans les pays de demain (Chine, Brésil, Inde, Russie). Traduction : les superficies consacrées aux cultures énergétiques (les biocarburants, par exemple) devraient augmenter de 242 % d’ici 2030.

Pollueur-payeur ?

Quel remède pour contrer le constat de l’OCDE ? Si l’on en croit l’organisme, dédier 1 % seulement du PIB mondial avant l’échéance prévue - 700 milliards de dollars - dans des actions « vertes » amoindrirait la dégradation de l’environnement. Reste une autre mesure évoquée dans le rapport par le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, sensée reboucher le trou de la couche d’ozone : l’instauration d’une taxe carbone. Elle servirait à punir ceux qui absorbent les réserves planétaires ou qui polluent sans modération l’atmosphère. Un bémol, cependant : comment imposer cet impôt équitablement ? Pire encore, la pression des lobbies ne risque-t-elle pas de couper court à toute entrée en vigueur d’une telle mesure ?

3 questions à l'ingénieur conseil en développement durable : Jean-Marc Jancovici

Pour l’expert, un seul outil peut réellement freiner la hausse des émissions de gaz à effet de serre : la taxe carbone.

Qui va payer cette taxe ? Ne risque-t-elle pas d’être inégalitaire ?
J-M.J: Elle n’est inégalitaire que pour ceux qui croient que l’on peut conserver le monde d’aujourd’hui sans mettre la main à la poche. De toute façon, le changement du climat et le manque de ressources en hydrocarbures provoqueront forcément une augmentation des prix du pétrole. Alors, mieux vaut payer tout de suite à un faible niveau que payer cher plus tard les conséquences du réchauffement. De cette manière, les plus modestes pourront mieux supporter la taxe.

Où irait l’argent prélevé ?
J-M.J: Déjà, il resterait à l’intérieur de nos frontières et n’ira pas dans les pays exportateurs, comme aujourd’hui pour le pétrole. Enfin, il pourrait financer des nouveaux programmes en matière d’agriculture ou d’urbanisme.

Par urbanisme, vous voulez parler de changement de mode de vie ?
Cela imposera les ménages à faire des économies et donc à préférer le vélo à la voiture, par exemple. La baisse du trafic routier développera le télétravail, l’arrêt de la construction de banlieues dortoirs, la faillite des hypermarchés éloignés des villes. Les industriels cesseront la fabrication de marchandises trop coûteuses en énergie et concevront des produits réparables. Tout ça, c’est pour la paix de nos enfants.

lundi 18 mai 2009

Miss Platnum : Borat au pays du R&B

En concert en France cette semaine, cette Roumaine décomplexée livre un premier disque de hip-hop kitsch, aussi entêtant qu'humoristique, et porté par un concept qui déborde d'opportunisme artistique.

«Chefa»
(Because)

Par Damien Grosset

Au départ sensation frivole de saison, Miss Platnum, plantureuse berlinoise aux racines roumaines, a tout ce qu'il faut pour devenir une icône, et enflamme déjà les dance floors de toute l'Europe. Bonne vivante, la Miss fait partie de cette mêlée de chanteuses callipyges qui bouscule l'archétype de la soul sister trop lisse (Beyoncé ou Rihanna, même pleine d'ecchymoses), préférant au strass calibré par MTV un look de boulangère de Bucarest.

Reste que la nouvelle star a réussi un véritable tour de force musical. Sa recette ? Asperger ses arrangements hip-hop crédibles de sauce folklore des Carpates. Au final, il en accouche une musique proche d'une Missy Elliot élevée sur le fauteuil d'orchestre de Goran Bregovic. Un album moelleux et croustillant, qui se dévore en une bouchée, à l'instar de l'irrésistible single "Give Me The Food", hymne dégoulinant de trompettes qui associe la liberté à un hédonisme culinaire sans concession.

L'effet de surprise passé face aux poussées de fièvre balkanique, il faut se rendre à l'évidence : un bon tiers de l'album sombre quand même dans le sirop. Les ayatollahs du R&B euphorisant claqueront des mandibules, décontenancés par le brouillage de piste d'un personnage qui joue son quart d'heure Warholien sur un concept qui ne tient qu'à un bourrelet. Et risque souvent de sombrer dans le cliché en faisant oublier sa (bonne) musique.

À moins que la chanteuse ne transforme son coup de poker en coup de génie, et parvienne à se renouveler. Miss Platnum, la piste à suivre ?

jeudi 14 mai 2009

SIA : Dans la peau d'une blonde

Le Pitch : Coquète et cucul sur scène, l'Australienne s'apprête à remettre le couvert cette semaine dans les salles parisiennes. Un résultat hasardeux à plus d'un titre.

«Some People Have Real Problems»
(Universal)


Par Damien Grosset

Sur la scène du show TV de David Letterman, Sia détonne. Sur un plateau d'un blanc immaculé, une pléiade de musiciens assortis déroule sa litanie d'un air absent, pendant que s'articule - avec la gestuelle de Florent Pagny dans son clip "Savoir Aimer" - une étrange déclinaison à frange suédoise de Mireille Mathieu... Une prestation tellement téléphonée qu'elle évoque plus une mauvaise parodie du "Paradis Blanc" de Michel Berger, qu'une chorégraphie arty trop cool braconnée chez Feist.

Un miasme bien étrange, compte tenu des performances que la chanteuse du groupe Zero7 livre d'habitude sur disque. Sur Colour The Small One (2004), elle avait charrié notre sensibilité par sa voix tout droit échappée du décor brumeux des Highlands, ses concentrés de douleur, et la tranquille cohérence de ses compos- dont l'épatante "Breathe Me", chanson thème du dernier épisode lacrimal de la série Six Feet Under.

Le récent Some People Have Real Problems, s'il possède d'indéniables atouts pop, s'empêtre vite dans la duplication de l'ancien opus. Et son ambition artistique, réelle mais maladroite, prend malheureusement souvent des airs prétentieux. Résultat : seul le dernier titre, "Buttons", sucre d'orge ajouté in extremis sur l'album suite au buzz que le clip a suscité sur le Net, nous pique au grain et nous pousse à y croire encore.

Le vrai problème, c'est peut-être simplement qu'en ce début de printemps, Sia manque cruellement de fraîcheur dans un style déjà tant de fois revisité. Et si elle reste séduisante pour les moins ambitieux, mieux vaut s'enticher au rayon pop féminine mélancolique des arcs-en-ciel de Fever Ray, ou des mélopées mystiques d'une Bat For Lashes.

vendredi 27 février 2009

Lightspeed Champion

«Falling off the Lavender Bridge »
Domino/PIAS

par Damien Grosset


Lumineux, mélancolique et dispersé : Devonte Hynes, plus reposé qu’avec ses Test Icicles, pond la plus grande perle pop de ce début d’année. Sublime.


Il suinte de cet album une inextricable impression de faire coexister des contraires. Pas tant dans la diversité des styles musicaux, résolument pop et folk, aux sporadiques approches americana ; comme une réminiscence d’Elvis Costello, encore un brin moins florissant et au goût pas encore totalement mûri. Mais plutôt dans la contradiction entre ce que communique Devonte Hynes, alias Lightspeed Champion, et la bonne surprise qui ressort de l’écoute de ce Lavender Bridge.

Grosses lunettes à la Roy Orbison, noeud pap jaune, gilet vermillon, tignasse trop asymétrique pour être bien collée,… A l’allure, Dev débarque d’une de ces comédies musicales aussi ringardes qu’increvables : à la croisée des chemins entre un Rocky Horror Picture Show et un Hair pour faire plus coloré. Alors à quoi s’attend-on ? A un son déluré sans rémission ni compromis. A une excitation électrique démesurée, à faire saigner les tympans. Un peu comme l’ont pratiqué les Test Icicles, groupe éclair de punk-rock britannique dont Dev était d’ailleurs le guitariste.


Mais l’apparence est trompeuse. Moelleuse et croustillante comme un gâteau coloré aux Smarties, aux vocalises de miel sauvage, la pop lumineuse de Dev se dévore en une bouchée. A peine l’album ingurgité qu’on a envie de repasser à table, histoire de décortiquer chaque arrangement qui compose un morceau. A l’instar de "Midnight Surprise", perle de près de dix minutes. Montée des violons, pianotage d’un dimanche en famille, arpèges de guitares acoustiques, envolées pop parfois inspirées des vastes contrées texanes (pour l’anecdote, il est un Londonien d’adoption né à Houston) : les styles se croisent puis s’imbriquent pour ne faire plus qu’un. Après chaque refrain, une nouvelle surprise. Résultat : une ode à la vie. Des mouvements d’humeurs d’un personnage qui récolte le germe de l’inspiration à travers ses rêvasseries passées. Encore mieux qu’un album sublime, Lavender Bridge n’est que la première couche d’un génie affecté du syndrome du don.


jeudi 19 février 2009

Neon Neon

«Stainless Style»
Lex Records/ Differ-Ant

par Damien Grosset

Un album en acier trempé qui s’écoute plein pot au volant d’une bagnole ravageuse, le caisson de basses installé dans le coffre. Prenant.

Siège en cuir, talon aiguille serré dans la paume d’une main : la pochette du disque laisse présager la suite (la minette est fin prête à se faire lever), et surtout le contenu de l’album. Dans le mille. Neon Neon ressort les clichés à peine usés des années 80. Caisses tape à l’œil (« Dream Cars »), belles pépées (« Steel Your Girl ») et idoles d’une génération (« Raquel », dédié à l’actrice Raquel welch) : Stainless style a su faire le tri dans une époque en panne d’inspiration, où il n’y avait rien de bien consistant à se foutre sous la dent. Sauf peut-être Men At Work, groupe au pays de crocodile Dundee (il est d’ailleurs dans la BO du troisième volet du film). Cerise sur le gâteau : la voix de Gruff Rhys, de Super Furry Animals, prend un peu les intonations de Colin Hay, chanteur des Men. L’autre maillon du tandem, c’est Bryan Hollon, alias Boom Bip, tripoteur de machines au son hybride, à la croisée des chemins entre électro et hip-hop.

Et c’est sur ce filon blindé d’expérimentations sonores que le duo branchouille de Los Angeles a tablé. Ce qu’il en sort ? Un panaché de morceaux qui balancent entre new-wave, rock et hip hop électronique. Mais à force de brouiller les pistes, on ne sait plus sur quel pied danser. Et c’est là que le bât peut blesser. Les ayatollahs de l’electronica, toujours enclins à sodomiser les diptères, claqueront des mandibules assez vite, rapidement décontenancés par cet empilement d’arrangements bizarroïdes, aux sonorités synthés proche d’un Jean-Michel Jarre. Les autres, l’esprit moins farci, y décèleront des envolées chiadées à l’extrême, loin des daubes FM. Et surtout une musique qui donne envie de se trémousser au volant d’une Deloreane (l’album est une dédicace à son créateur, John Deloreane), la bagnole type des eighties (celle que Doc remplissait de peaux de banane dans Retour vers le futur), la main droite sur la cuisse d’un parangon de poufiasse. Neon Neon, un groupe à l’électro rétro-futuriste d’avenir ? Y a moyen poupée.

vendredi 23 janvier 2009

Coming Soon

«New Grids»
Kitchen/Pias


Par Damien Grosset


Révélation surprise de ce début d’année, les sept nains de Coming Soon ont conçu un album un brin brouillon mais bourré d’élégance. Sympathique.

Tribu à peine sortie des jupons de la dame de Haute-Savoie, Coming Soon a plutôt le profil à craquer les planches des bals country du sud des Etats-Unis que celui des chalets des stations de ski françaises. Chapeau Stetson, chemise à carreaux, gilet sans manches… Par on ne sait quel coup du sort, le septet d’Annecy (chef lieu de Haute-Savoie, donc) a troqué ses bottes de sept lieues pour les apparats du cow-boy solitaire. Et se la jouer vieux bouseux americanophiles apporte du sang frais sur une scène indé bobo à mort.

Même topo pour la musique. Tapotages de mains, envolées permanentes de chœurs, rythmes alt country : une ambiance quasi pastorale typique d’un dimanche mélancolique ensevelit l’album sous un brouillon de bonne notes. Par ses poussées de fièvre électriques dignes d’un orage d’été qui s’abat sur l’ouest américain, par ses ballades joyeuses au ukulélé et au banjo, l’album alterne les genres, entre folk-blues exotique et chaudes montées rock. Alors, ce disque, un coup de poker ou un coup de génie ? Pesons nos mots, admettons au moins le talent. Car Coming Soon aurait pu sombrer, comme nombre de ses congénères, dans le déjà classique mouvement rock étudiant, voire collégien (le plus jeune du clan a 15 ans, quand même), qui englue les ondes FM. Au lieu de ça, le groupe s’initie à des styles qu’on a du mal à répertorier.

Quelques influences tout de même, celles des meilleures, parsèment ce New Grids. Qu’il s’agisse de Leonard Cohen, pour les chœurs ou les intonations grasses d’Howard Hughes, le principal chanteur (notamment « Bright Tides »). Ou des terres précieuses de l’antifolk (The Moldy Peaches et Silver Jews, forcément). Rien d’étonnant donc à ce que le groupe cartonne outre-Atlantique. Deux titres dans la BO du film Juno, au coude à coude avec Radiohead dans le top des ventes : les p’tits nains des montagnes peuvent se targuer d’être déjà une valeur sûre de la scène musicale américaine. Ne reste plus qu’à conquérir le vieux continent.


samedi 17 janvier 2009

Cowboys Junkies


«Trinity Revisited»
Cooking Vinyl/ PIAS

par Damien Grosset


Même équipe, même lieu, même formule : le groupe canadien revisite son Trinity Session vingt ans après. Toujours sublime.

Poignant, lent, profondément sombre et pessimiste (« I’m so lonesome I could cry ») : Trinity Revisited est un disque envoûtant, dont il ne faut pas chercher à ressortir. Rien d’étonnant : il est une reprise de Trinity Session, chef d’œuvre du groupe bricolé une nuit de l’année 1988 dans l’Eglise de la Sainte Trinité, à Toronto. La recette de ce trio canadien ? Asperger de sauce country dépressive les classiques du répertoire rock. Un mélange fructueux puisqu’ils avaient réussi à déringardiser un style musical qui ne chatouillait qu’aux oreilles de quelques irréductibles cowboys conservateurs (on frôle le pléonasme). Et c’est encore aujourd’hui toute la force du groupe : se dégager des clichés du genre pour accoucher d’un opus métissé, entre country-folk un brin débridée, façon Ryan Adams des bons jours (il participe à l’album), Hank Williams ou encore Gram Parsons, et un blues à faire grincer la Lucille de BB King. Cerises sur le gâteau : les reprises magistrales de "Sweet Jane" du Velvet Underground et celle d’Elvis, "Blue Moon", par un Vic Chesnutt transcendé.

Alors que reste-t-il à jeter ? Etonnamment, rien. Retaper son meilleur album vingt ans après, l’enregistrer en deux coups de cuillères à pot dans la même église de Toronto : le groupe risquait le coup de poker ou le coup de génie. Mais avec le DVD de la session, le docu de 40 minutes sur le groupe, son casting de choix (on allait oublier la voix lumineuse de Nathalie Merchant, ancienne égérie des 10 000 Maniacs), la production a donné un joli coup de pouce qui octroie au projet sa part de légitimité… et qui l’absout de l’innocence de la première fois. Mais tant que la spontanéité perdure…
Dernier détail : ne pas rater "Blue Moon" sur la session DVD. Chesnutt, paraplégique, chante et regarde vers le haut, ému, pour faire une réclamation à Dieu.


The Undertones


«Dig Yourself Deep»
Cooking Vinyl/ PIAS

par Damien Grosset


Les papys du punk en quête d’un nouveau souffle.


Issus de Derry, ville réputée pour y abriter les plus sévères couches de résistances irlandaises (le Bloody Sunday de 1972), les frères O’Neill, auxquels se sont ajoutés trois puceaux débraillés - genre jeans retroussés jusqu’en haut des chaussettes - ont connu une carrière éclair. Boudés par le public ? Pas vraiment. Quelques tubes, comme « My Perfect Cousin » ou l’inoubliable « Teenage Kicks » figurent à leur palmarès. Mais à force de trop marcher sur les pas de ses cousins d’outre-Atlantique (les Ramones), les Undertones ont tenté un son plus éclectique, mêlant pop, rock et punk à la fois. Résultat : l’insuccès commercial et la séparation du groupe. Un sort injuste pour ceux qui représentent l’une des valeurs sûres du punk-rock outre-manche.

Aujourd’hui, il réclame que justice soit faite. Avec des sapes moins grunges qu’il y trente ans, les papis du punk rempilent avec un album à la première impression ravageuse. Chansons courtes et véloces (en gros, 3 accords pour 2 couplets) : la recette reste aussi légère qu’efficace. Les guitares tournent en boîte et convoquent des riffs bagarreurs et incendiaires. Pas de régénérescence post-punk pour autant, ce nouvel album s’aventurant (timidement) aussi vers des terres plus pop.
Donc, un disque à la croisée des chemins, entre punk transpirant toujours la désinvolture juvénile d’antan et pop maîtrisée de vieux briscards en quête d’un nouveau souffle. Sympathique.

dimanche 4 janvier 2009

La Belgique, scène de mélange

Attention, pays en pleine asphyxie musicale. Non, les groupes de rock, même en proie à des excursions plus vallonnées, ne prennent pas la poudre d’escampette. Au contraire, jamais la scène du plat pays ne s’était autant enhardit. Mais entre la Flandre et la Wallonie, la tour de Babel s’ébranle. Médias, langues, cultures, politiques : plus rien ne les associe. Au point que le royaume risque de se fendre en deux, définitivement. Portrait d’une scène belge en quête d’un nouveau souffle.


La Belgique
en état de crise ? Sans aucun doute, oui. Depuis plus de 500 jours dans la tourmente gouvernementale, un groupuscule de séparatistes flamands qui revendique plus d’autonomie, qui tire à boulets rouges sur une Wallonie de plus en plus lourde à financer : au pays plat, les consciences politiques s’échauffent, ne tournent plus tout à fait rond. Le but de tout ce marasme ? Celui d’enfin parvenir à brandir le spectre de l’indépendance. De couper un pays déjà fractionné en plusieurs communautés. A qui la faute ? A une région située au nord, la Flandre, encline à couper le cordon fédéral avec un sud (la Wallonie) trop assisté. Déjà, une mesure a été prise pour calmer les ardeurs des plus voués à la cause : la régionalisation du code de la route. En territoire flamand, on roule moins vite que de l’autre côté de la « frontière », on affiche des campagnes de sécurité routière en néerlandais, alors qu’elles sont en français, en Wallonie. Bref, s’il s’agit ici d’une réforme presque insignifiante, elle en dit long sur l’ambiance délétère qui règne entre les deux côtés.

Pourtant, dans un tel contexte de quasi guerre de sécession des temps modernes, difficile de blâmer ce cloisonnement identitaire. Langues, mentalités, médias : tout diverge. Au point de se demander s’il subsiste encore une identité belge. Pire, son déclin déteint sur la vie culturelle du pays. Et notamment sur la scène musicale. Les groupes peinent à se produire chez le voisin et sont rarement diffusés dans les radios. A l’exception de quelques pointures qui ont réussi à faire leur trou, la plupart restent cantonnés à leur ville, voire leur région. A l’instar du groupe Sharko, natif des terres bruxelloises. Alors quand on interroge son leader, David Bartholomé, sur la façon dont il juge l’adversité qui sépare les deux camps, il répond, sans appel : « La mentalité, le social, la musique : on a rien à voir ensemble, on ne vit pas dans le même pays. Toujours sans rémission dans son analyse, il surenchérit : La Flandre est hermétique à la culture wallonne. On a beau tourner dans d’autres pays, on ne passe pratiquement pas sur les ondes des radios flamandes ». Une révélation qui s’abat comme un coup de tonnerre sur un pommier qui, à peine mûr, semble déjà déraciné depuis des décennies. Et qui montre que même si tous mordent dans le même fruit, aucun n’est pressé avec le même jus. Car si certains groupes, comme dEUS ou Zita Swoon, sont devenus des références incontestées dans tout le pays, la plupart des artistes peinent à s’exprimer sur une scène limitrophe. Preuve que d’une crise de la scène politique à la scène musicale, il n’y a qu’un pas.

North and south side story

Légère piqûre de rappel. C’est en Flandre, au début des années 90, que le rock a accouché de ses premières gammes. A l’initiative de ce mouvement, le groupe dEUS. Déjà sept albums au compteur et des ventes qui grimpent vers les 150 000 exemplaires par opus. Rien d’explosif, en somme - surtout comparé à ce qui se fait Outre-Manche - mais ces chiffres lui ont valu une notoriété à travers l’Europe comme à la maison (le groupe remplit aussi bien l’Olympia de Paris que l’Ancienne Belgique, à Bruxelles). « Dès le début, on était aussi populaire en Flandre qu’en Wallonie, assure Tom barman, chanteur du groupe. Régulièrement, on m’invite sur les radios wallonnes. C’est peut-être dû à mon succès mais c’est aussi parce que je parle français. Du coup, les wallons se disent : Oh, il est belge avant d’être flamand, c’est un type sympa ! Il réplique : Il y a un groupe qu’on adore par chez nous, il s’appelle Millionaire. Mais Tim (Vanhamel de son patronyme, fondateur et voix du groupe) ne parle pas un mot de français. Comment veux-tu qu’il passe à la radio wallonne ? ». Et qui dit manque de relais dans les médias, révèle une cruelle absence de reconnaissance du groupe.

Pour preuve, le quartet de Tim ne parvient pas à bonder un café à trente kilomètres, de l’autre côté de la frontière. Une réalité encore plus dure à soupçonner lorsqu l’on sait que Millionaire a accompagné les Queens Of The Stone Age lors de leurs tournées européennes et américaines. Un tremplin qui les a ensuite propulsé sur les premières parties de Muse ou encore des Foo Fighters. Mais pour Tom, l’échec du passage sans casse des formations flamandes vers la Wallonie ne tient pas qu’à la barrière linguistique. « C’est aussi à cause de l’énormité de dEUS. Les Wallons se disent qu’ils s’en foutent des autres groupes, ils sont déjà drogués à notre formule ». Un aveu un brin prétentieux, certes. Mais qui se rapproche de la vérité...


Pour Michael Larivière, alias RedBoy, au chant et à la guitare des Liégeois d’Hollywood Porn Stars et de My Little Cheap Dictaphone, dEUS faisait figure de poids lourd indétrônable de la scène belge. « Le premier disque de rock que j’ai acheté quand j’étais ado était un des dEUS. Que tu sois flamand ou wallon, c’était le groupe phare : tu ne pouvais pas passer à côté ». Mais RedBoy a pris à contre-courant bonne fortune. Au lieu de reculer devant l’obstacle, il a vite mis ses études de côté pour enfourcher sa guitare à plein temps. « Quand j’ai commencé, il y a dix ans, la scène wallonne n’était vraiment pas de taille à se mesurer avec ce qu’il se passait dans le nord. D’ailleurs, on m’a un peu regardé avec des yeux ébahis. Du genre : « Ne t’embarque pas là-dedans, c’est foutu d’avance ». Avec le recul, je me dis que ça a pris du temps, mais au final je ne regrette rien ». Résultat des courses : l’an dernier, les Hollywood Porn Stars ont fait la première partie de dEUS.


Alors, oui, enfanté dans la douleur du désert musical wallon, où ne poussait aucune herbe rock à désherber, Hollywood Porn Stars s’attaque à un colosse de deux fois son âge. Mais sans pour autant effriter les fondations du mythe, il a incité d’autres groupes à se jeter dans la fosse. De Ghinzu à Girls In Hawaii en passant par Sharko, le rock wallon a acquis ses lettres de noblesse. Et si aucun d’eux n’a réellement explosé, tous ont su inonder les salles parisiennes comme la Cigale, l’Elysée-Montmartre, l’Olympia et consorts. Mieux, avec Montevideo, The Tellers ou Malibu Stacy, le phénomène se régénère chaque saison. « Au moins, si on n’arrive pas à bourrer les salles flamandes, on est devenu crédible à l’étranger », ajoute RedBoy.



Le mur de Belgique

Réussir à l’étranger : un gage d’estime une fois revenu au plat pays ? Pas si sûr. Pour Corentin, bassiste pour Minérale (l’équivalent de Millionaire, en Wallonie), même si les groupes wallons réussissent en France ou en Angleterre, « la plus grosse frontière à traverser reste celle qui divise le pays ». « T’auras beau faire quatre fois le tour du monde et remplir les meilleures salles, on te proposera toujours de jouer dans des trous du cul en Flandre pour des cachets ridicules », s’enrage-t-il, précisant que même là-bas, le public ne suit pas. Pour affronter cette scène en vase clos, JF, manager des Hollywood Porn Stars, a monté un collectif, Jauneorange. Au départ simple interface Net soutenant des groupes wallons par une poignée de fichiers mp3, Jauneorange a profité de l’expansion récente de la scène wallonne pour développer son label. Aujourd’hui, il organise des concerts à Liège, son fief, et édite des compilations de groupes qu’il promeut. Mieux encore, un peu comme le concept du jumelage des villes, il invite des artistes étrangers. « Puisque c’est cloisonné au nord, on se tourne vers le sud et vers la France. Les médias y sont moins protectionnistes et en plus on parle la même langue », assure JF. Une réaction somme toute évidente aux vues des modestes ventes que le groupe réalise en Flandre. S’il a vendu plus de 4 000 exemplaires de son dernier album, « Satellites », en Wallonie, il en a vendu à peine 200 en Flandre. Les raisons de ce bide ? La déficience des médias, bien évidemment. Mais aussi une réticence des labels. C’est en tout cas ce que reconnaît Filip De Groote, directeur marketing en Flandre et aux Pays-Bas de Bang !, l’une des deux pointures des labels indépendants du pays, avec Pias. « Si je décide de produire un groupe wallon qui a le vent en poupe, je préfère produire The Tellers que les Hollywood Porn Stars. Ils sont plus originaux et se donnent moins une identité à l’anglaise que les Hollywood. Pour nous, c’est important de se reconnaître dans un groupe accessible pour le public flamand ».

Mais qu’importe. Au mois de février dernier, le groupe liégeois a décroché des premières parties avec The Black Box Revelation, formation issue de Dilbeek, en Flandre. Le principe du deal : se faire inviter pour cinq à six dates (et réciproquement) par ses congénères de l’autre côté de la frontière pour tenter de se faire connaître. Une manœuvre qui s’avère plutôt fructueuse puisque le public se déplace en masse pour voir le groupe du coin. Et c’est toujours mieux que de se produire devant une trentaine de personnes, coincé entre la cuisine et la porte des toilettes d’un café du voisin, flamand ou wallon.

Le boulet wallon à cours de fonds

D’un point de vue constitutionnel, le déséquilibre entre les deux communautés s’accentue. Etat fédéral oblige, le budget alloué à la culture dépend de chacune. Pour faire simple, depuis la révision constitutionnelle de 1989, l’Etat a octroyé plus de compétences aux communautés et régions. Au final, restent deux régions (Flandre et Wallonie) au cœur desquelles cohabitent trois communautés (wallonne, flamande et celle de Bruxelles). Conséquence : la Flandre et la Wallonie gèrent à leur gré les crédits qu’ils souhaitent répartir à la culture comme à l’agriculture, par exemple.


Seul hic, mais de taille : dans le nord du pays, les institutions de la région et de la communauté flamande ont fusionné, tandis que la Communauté française et la région wallonne sont toujours dissociées. Un problème majeur pour le sud du pays qui, manque de ralliement entre les deux institutions, comporte un budget largement amputé par rapport à la région mitoyenne. Une réalité que Gert Van Overloop, directeur du théâtre Arenberg à Anvers (en Flandre, donc) et organisateur des concerts du groupe Zita Swoon, constate du haut de sa fenêtre : « Il y a plus d’argent en Flandre : on a un meilleur matos, on a plus de salles. S’il le faut, je n’hésite pas à aménager mon théâtre en salle de concert ». Et quand on aborde la question du succès de Zita Swoon en Wallonie, l’intéressé répond : « Si Zita Swoon a un peu moins de succès en Wallonie, c’est pas seulement dû à la barrière de la langue : le manque de structures adéquates y est pour beaucoup. En même temps, le rock en Wallonie est encore jeune ». Une évidence.



Mais la vraie source du problème est ailleurs. Non seulement, la Wallonie dispose de moins de fonds, mais en plus elle les administre maladroitement. Car d’un côté, la Flandre, disposant d’un réseau de groupes conséquent, subventionne des salles confortablement équipées. Et de l’autre, la Wallonie, encore dans les prémices de son séisme musical, charge l’épicentre de ses aides aux seuls groupes de rock. Un rôle que se réserve d’agencer le Programme Rock, émanation du ministère de la Communauté française, via la Boutik Rock. Festival de showcases concentré au Botanique (l’une des plus importantes salle du nord de la capitale), la Boutik Rock est un lieu de croisement entre labels, artistes et médias. But de l’opération : faire le tri entre indigence musicale et jeunes groupes prometteurs. Même chose pour le concours Circuit, qui a lieu une fois par an à travers toute la Wallonie. Ici, l’enjeu est double. Sorte de festival ciné adapté au rock, les sélectionnés se voient attribués par un jury une série de prix sensés les sortir des profondeurs sépulcrales de l’impopularité. Et hormis les quelques 2 000 euros remis dans une enveloppe, les lauréats ont droit à deux jours d’enregistrement, un jour de mixage, un ingé son, leur tête dans les journaux et un an de distribution de leur disque dans un magasin spécialisé. Dernière nouveauté mise en œuvre par la communauté : le concours Puredemo, en collaboration avec Pure FM, la station francophone par excellence. Une énième alternative pour les candidats qui pourront, en cas de victoire, engluer les ondes de la radio pendant une semaine complète. Mais aussi une kyrielle de programmes qui n’arrangent pas le désaccord musical qui partage le nord et le sud. Car même arrivées à saturation de leur succès dans la zone normale de rayonnement, peu de formations wallonnes parviendront à franchir la muraille qui la sépare de la Flandre.

Sans identité, un pays au bord du chaos

« C’est chouette qu’il n’y ait pas d’identité belge : on peut être n’importe qui. Grâce à ça, je change souvent de styles, que ce soit vestimentaire ou musical », avoue Stef Kamil Carlens, patron polyglotte de Zita Swoon. Sans repères, la Belgique gagne-t-elle à exister ? Sur ce point, tous sont unanimes : la Belgique ne peut se démanteler en deux Etats différents. « Si mon dernier album s’intitule « Vantage Point », ce n’est pas pour rien, explique Tom Barman. La Belgique est un lieu stratégique où toutes les cultures se rassemblent. C’est idéal : on a le côté anglo-saxon, le côté néerlandais et le côté francophone ». Un avis que partage amplement Stef, ancien camarade de scène avec dEUS (et avec qui il va manger des sushis une fois par an) : « Si je chante certaines chansons en français, c’est pour m’ouvrir au public wallon ». Une exigence propre aux Flamands que s’efforcent d’admettre les Tellers : « Musicalement, j’ai vraiment l’impression que les flamands travaillent plus, ils n’ont pas peur de l’étranger. En Wallonie, il y a une mentalité plus fermée et plus protectionniste ». Des propos qui laissent envisager les vieux clichés de comptoir qui caractérisent les wallons et les flamands, respectivement étiquetés de « fainéants » et de « racistes ». L’un parce qu’il dépend financièrement d’une communauté plus libérale et mieux industrialisée, l’autre parce qu’il revendique d’intangibles désirs d’indépendance. « Ces adjectifs sont des trucs que se balancent les politiques pour mieux créer de tensions intra-communautaires », s’énerve RedBoy, en précisant qu’ils agissent seulement sur les esprits sensibles du troisième âge. « Ce qui se passe en Belgique, c’est complètement con. On comprend d’autant moins cette guéguerre car c’est un conflit de vieux », complètent les Tellers.


Quoiqu’il en soit, l’ultimatum des prochaines régionales, en juin 2009, est posé. Et chaque parti politique en course voudra solder les comptes. De là à préconiser la chute du royaume de Belgique ? Pas encore. Mais déjà quelques lèvres politiques s’agitent pour pourfendre le 200è anniversaire du pays. « Si je te parle avec mon cœur, je t’annonce tout de suite que je ne supporterais pas de voir mon pays coupé en deux », conclut Stef, un tantinet lyrique. Plus incisive, la femme et manager du chanteur conclut : « Si ça se passe comme ça, on fera une jetée de cailloux sur les débats institutionnels. La révolution viendra de la rue ».

Damien Grosset