En complément de l'interview bilan de NTM dans Voxpop le mag, voici une occasion de revisionner les meilleurs clips du groupe du 9-3.
Le Monde de Demain - premier maxi de trois titres (1990)
Premier essai discographique, première prémonition. Le « Monde de Demain » fait l’effet d’une bombe puisqu’il tombe pile poil au moment des émeutes de Vaux-en-Velin. Le clip se veut pour autant esthétique. Caméra fixe, chorégraphie minimale, voire un brin sommaire : le réalisateur (Stéphane Sednaoui) ne cherche pas les prouesses techniques. Il se contente de poser sur ses artistes des effets brillants qui donnent un air too much propre aux années 90. Un clip original et une réussite plastique.
Authentik - premier album (1991)
70 000 exemplaires vendus. Un album sombre, sans rémission, qui annonce le germe des esprits des jeunes des cités prêts à éclater en révoltes. Le clip tire aussi sa force dans la manière dont il est filmé. Pas question de montrer en images des émeutes, il s’agit juste d’établir un panorama « Tu me fais un truc légèrement contre-plongée pour que ce soit un poil rock », dit le journaliste, sur le parking d’une cité, avant d’être dégagé par Joey. La caméra virevolte, filme tout d’en bas, noirceur des tours et breakeurs compris (ça fait très New York underground). Mais un autre message précis doit passer, celui d’un crew « radicalement opposé aux médias en général ». On l’aura compris.
Police - J’appuie sur la Gâchette (1993)
«Police, machine matrice d'écervelés mandatés par la justice sur laquelle je pisse». Des textes aussi cinglants que dégradants, à foutre le frisson aux forces de l’ordre qui ouvriront d’ailleurs une enquête sur le sujet (sans suites). Provocateurs boycottés des radios, le groupe se montre plus que jamais comme le fer de lance d’un rap politique qui crache sur les désordres de la société. Le clip, en noir et blanc, fait penser au générique introductif du film La Haine. Joey et Kool y sont absents. Cagoulés, armés, les CRS sont filmés dans leur descente à la manière d’un reportage télé d’1 minute 30.
J’appuie sur la Gâchette (1993)
Sans doute l’un des meilleurs clips de NTM. Il est signé Seb Janiak. Faire l’autopsie mentale en images d’un suicidaire n’était pourtant pas chose facile. Mais claquemuré chez lui, à rien faire, l’homme se retrace ses fantasmes seul, jusqu’à épuisement. Jusqu’à ce qu’on le voit assis, entre l’évier et le frigo, s’éjecter un pruneau dans la tête (effets spéciaux garantis). Un court-métrage réussi en tout point à une période où l’univers du clip explose.
La fièvre - Paris sous les Bombes (1995)
250 000 copies de l’album écoulées. Traduction : la roue a tourné pour le groupe du 9-3. « La Fièvre » et « Tout n’est pas si Facile » engluent les ondes FM et les boîtes de nuit. Dans la foulée, il fout le feu au zénith de Paris. Ce que propose l’album ? Toujours le « désarroi déjà roi » des banlieues en vitrine. Ralentis, split screen, scénario : le clip est tourné lui aussi à la manière d’un court-métrage. Cerise sur le gâteau : la caméra accrochée autour de la taille de Joey rappelle Harvey Keitel dans le Mean Streets de Scorsese. A repasser en boucles.
Qu’est ce qu’on attend ? - Paris sous les Bombes (1995)
L’un des rares appels à l’insurrection de l’album. Pour le clip, rien de très chiadé. Juste le crew réuni au complet et la métaphore peu convaincante d’un match de boxe, comme pour montrer que jamais il ne lâchera les gants, même bloqué dans les cordes de la justice. Mais ce qui vaut le détour, c’est le mini reportage introductif. Celui, tout droit pêché dans les archives de l’INA, qui présente « l’esprit futuriste et grandiose du Val Fouret », et les HLM dont « les visiteurs vont en apprécier la chaude intimité ». Un clin d’œil sarcastique 40 ans après qui vaut son pesant d’or. Et qui prouve une fois de plus le rôle de social killer que joue le groupe.
Ma Benz - Suprême NTM (1998)
Ma Benz. L’un des titres les plus vendus du duo (140 000 exemplaires, juste pour le single). Mais aussi une démonstration d’un rap déliquescent, qui tombe dans les travers (désormais coutumiers) des clips bling bling aux inclinations quasi-pornographiques. A part quelques pépés accrocheuses, rien de bon à se mettre sous la dent. Le clip sera d’ailleurs retiré de la playlist après 22h, « dégradation de l’image de la femme » oblige.
That’s my people - Suprême NTM (1998)
Un clip soigné, certes. Mais surtout un retour aux origines pour Kool Shen, le seul à poser son flow sur ce morceau. Ses origines ? Saint-Denis, biensûr. Graffiter les rames de métro de la ligne 13 aussi. Raison pour laquelle, plus de dix ans après, il revient (sans Joey) à l’endroit du délit. Avec ses diapos et ses vidéos rétrospectives de la tournée précédente (Joey revient), le clip de Tristan Arouet et Gilles Lelouche est un hymne à l’amitié, dédié à Kool. Il fallait terminer par une touche émotion.
jeudi 3 octobre 2013
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