lundi 18 mai 2009

Miss Platnum : Borat au pays du R&B

En concert en France cette semaine, cette Roumaine décomplexée livre un premier disque de hip-hop kitsch, aussi entêtant qu'humoristique, et porté par un concept qui déborde d'opportunisme artistique.

«Chefa»
(Because)

Par Damien Grosset

Au départ sensation frivole de saison, Miss Platnum, plantureuse berlinoise aux racines roumaines, a tout ce qu'il faut pour devenir une icône, et enflamme déjà les dance floors de toute l'Europe. Bonne vivante, la Miss fait partie de cette mêlée de chanteuses callipyges qui bouscule l'archétype de la soul sister trop lisse (Beyoncé ou Rihanna, même pleine d'ecchymoses), préférant au strass calibré par MTV un look de boulangère de Bucarest.

Reste que la nouvelle star a réussi un véritable tour de force musical. Sa recette ? Asperger ses arrangements hip-hop crédibles de sauce folklore des Carpates. Au final, il en accouche une musique proche d'une Missy Elliot élevée sur le fauteuil d'orchestre de Goran Bregovic. Un album moelleux et croustillant, qui se dévore en une bouchée, à l'instar de l'irrésistible single "Give Me The Food", hymne dégoulinant de trompettes qui associe la liberté à un hédonisme culinaire sans concession.

L'effet de surprise passé face aux poussées de fièvre balkanique, il faut se rendre à l'évidence : un bon tiers de l'album sombre quand même dans le sirop. Les ayatollahs du R&B euphorisant claqueront des mandibules, décontenancés par le brouillage de piste d'un personnage qui joue son quart d'heure Warholien sur un concept qui ne tient qu'à un bourrelet. Et risque souvent de sombrer dans le cliché en faisant oublier sa (bonne) musique.

À moins que la chanteuse ne transforme son coup de poker en coup de génie, et parvienne à se renouveler. Miss Platnum, la piste à suivre ?

Aucun commentaire: