Le Pitch : Coquète et cucul sur scène, l'Australienne s'apprête à remettre le couvert cette semaine dans les salles parisiennes. Un résultat hasardeux à plus d'un titre.«Some People Have Real Problems»
(Universal)
Par Damien Grosset
Sur la scène du show TV de David Letterman, Sia détonne. Sur un plateau d'un blanc immaculé, une pléiade de musiciens assortis déroule sa litanie d'un air absent, pendant que s'articule - avec la gestuelle de Florent Pagny dans son clip "Savoir Aimer" - une étrange déclinaison à frange suédoise de Mireille Mathieu... Une prestation tellement téléphonée qu'elle évoque plus une mauvaise parodie du "Paradis Blanc" de Michel Berger, qu'une chorégraphie arty trop cool braconnée chez Feist.
Un miasme bien étrange, compte tenu des performances que la chanteuse du groupe Zero7 livre d'habitude sur disque. Sur Colour The Small One (2004), elle avait charrié notre sensibilité par sa voix tout droit échappée du décor brumeux des Highlands, ses concentrés de douleur, et la tranquille cohérence de ses compos- dont l'épatante "Breathe Me", chanson thème du dernier épisode lacrimal de la série Six Feet Under.
Le récent Some People Have Real Problems, s'il possède d'indéniables atouts pop, s'empêtre vite dans la duplication de l'ancien opus. Et son ambition artistique, réelle mais maladroite, prend malheureusement souvent des airs prétentieux. Résultat : seul le dernier titre, "Buttons", sucre d'orge ajouté in extremis sur l'album suite au buzz que le clip a suscité sur le Net, nous pique au grain et nous pousse à y croire encore.
Le vrai problème, c'est peut-être simplement qu'en ce début de printemps, Sia manque cruellement de fraîcheur dans un style déjà tant de fois revisité. Et si elle reste séduisante pour les moins ambitieux, mieux vaut s'enticher au rayon pop féminine mélancolique des arcs-en-ciel de Fever Ray, ou des mélopées mystiques d'une Bat For Lashes.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire