vendredi 11 octobre 2013

PIXIES : des gnomes au pays du rock

A l’occasion de la réédition en coffret de leur cinq albums, retour sur le meilleur opus des lutins les plus indispensables du rock alternatif, Doolittle.

«Doolittle»
(4AD/Beggars)


Par Damien Grosset

20 ans déjà que Doolittle est sorti. 20 ans aussi que Pixies répand sa recette miracle d’un rock montagne russe. De Nirvana (Kurt Cobain en faisait l’un de ses albums de chevet) à Weezer en passant par Blur, plus d’un combo rock s’est calqué sur la dynamique schizophrène des Bostoniens.

Quelle recette miracle ? Celle d’une sucrerie qui part en sucette, d’un son pop qui s’enfonce dans les ravages du punk. Une sorte de Beach Boys en pleine baignade soudainement amputé par la mâchoire d’un Ramones ou d’un Clash.
Mais celui qui a les crocs ici, c’est Black Francis. Propulsé par la force de frappe de David Lovering, le métal hurlant de Joey Santiago et les chœurs inquiétants de Kim Deal, Charles (de son vrai prénom) pousse des cris de guerre et crache des sermons issus des passages les plus trashs de la Bible.

Rien de surprenant pour un auteur hanté par les écritures saintes depuis l’enfance (à neuf ans, il chante déjà du Woodie Guthrie dans une église unitarienne de Boston). A l’instar du titre de l’album, intitulé au départ Whore (« Putain ») en rapport à la « Putain de Babylone » de la Bible. Une idée qui lui paraît « trop anti-catholique » après avoir vu le singe auréolé sur la pochette du disque… et aussi par crainte de prendre sur son crane dégarni la foudre sous la colère de Dieu.

Enregistré avec 60 000 dollars (9 000 pour Surfer Rosa), la pression pèse sur le groupe. Et l’alchimie entre le producteur et Black s’en ressent (irrité de voir rallonger ses chansons miniatures, il apporte à Gil Norton un best of de Buddy Holly : chaque piste ne dépasse pas les deux minutes !). Mais au final, il en accouche un miracle, une réinvention du rock. Et une claque pour une génération qui ne connaissait des USA que leurs groupes de hard niaiseux et permanentés.


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