Posté aux sommets des buildings new yorkais, le chanteur français organise une visite de la ville vue d’avion. «Evenfall»
(Pias)
Par Damien Grosset
Déjà, en 2005, son Happiness avait chahuté nos sens avec ses complaintes désenchantées conçues pour se savourer seul, dans le noir. Mais ce disque, le second d’un banlieusard des Mureaux réfugié poétique entre New York et Philadelphie, est l’œuvre d’un funambule déraciné qui marche vers l’inconnu pour mieux ressentir les délices du vertige. Une pop astrale et onirique qui, une fois qu’on s’y jette, nous emmène de l’aube au crépuscule visiter ses contrées fabuleuses. Et en profite, de pics en précipices, pour jouer avec nos émotions.
Premier morceau qui servira de BO à l’ami Ricoré, “Morning Mist“ est une effervescence pour les plus rudes lendemains de cuite, alors que de son côté, “Awakening“, véritable scie céleste façon Mercury Rev, mettra en apesanteur le plus costaud des bûcherons. Mais la journée ne fait que commencer. Après les errances radieuses sous les premiers rayons de soleil de « The Border », Schuller digne d’un western orchestré par Ennio Morricone (« New York »).
Plus de doute maintenant : si ce disque est une promenade en ville, c’est à New York qu’elle se déroule. D’abord, pour son ambivalence. Un détour vers l’amoncèlement du béton compressé de Manhattan sans jamais vraiment pénétrer dans les sueurs sauvages de Harlem. Ensuite, parce que Schuller y visite les buildings expérimentaux de Sufjan Stevens, d’Animal Collective et surtout le parcours touristique blafard de Thom Yorke. Une pratique décomplexée de l’art libre aux sonorités organiques qui dépassent largement les limites de la pop.
Il est déjà tôt. Après les douces brises au clair de lune de « Midnight », Schuller enveloppe Central Park d’une couche épaisse de brouillard et de rosée (“High Green Grass”). Une nouvelle journée peut commencer. Les tourments du chanteur résonnent encore, plaintes lancinantes qu’il ne faut pas chercher à sortir de sa tête.

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