samedi 17 janvier 2009

Cowboys Junkies


«Trinity Revisited»
Cooking Vinyl/ PIAS

par Damien Grosset


Même équipe, même lieu, même formule : le groupe canadien revisite son Trinity Session vingt ans après. Toujours sublime.

Poignant, lent, profondément sombre et pessimiste (« I’m so lonesome I could cry ») : Trinity Revisited est un disque envoûtant, dont il ne faut pas chercher à ressortir. Rien d’étonnant : il est une reprise de Trinity Session, chef d’œuvre du groupe bricolé une nuit de l’année 1988 dans l’Eglise de la Sainte Trinité, à Toronto. La recette de ce trio canadien ? Asperger de sauce country dépressive les classiques du répertoire rock. Un mélange fructueux puisqu’ils avaient réussi à déringardiser un style musical qui ne chatouillait qu’aux oreilles de quelques irréductibles cowboys conservateurs (on frôle le pléonasme). Et c’est encore aujourd’hui toute la force du groupe : se dégager des clichés du genre pour accoucher d’un opus métissé, entre country-folk un brin débridée, façon Ryan Adams des bons jours (il participe à l’album), Hank Williams ou encore Gram Parsons, et un blues à faire grincer la Lucille de BB King. Cerises sur le gâteau : les reprises magistrales de "Sweet Jane" du Velvet Underground et celle d’Elvis, "Blue Moon", par un Vic Chesnutt transcendé.

Alors que reste-t-il à jeter ? Etonnamment, rien. Retaper son meilleur album vingt ans après, l’enregistrer en deux coups de cuillères à pot dans la même église de Toronto : le groupe risquait le coup de poker ou le coup de génie. Mais avec le DVD de la session, le docu de 40 minutes sur le groupe, son casting de choix (on allait oublier la voix lumineuse de Nathalie Merchant, ancienne égérie des 10 000 Maniacs), la production a donné un joli coup de pouce qui octroie au projet sa part de légitimité… et qui l’absout de l’innocence de la première fois. Mais tant que la spontanéité perdure…
Dernier détail : ne pas rater "Blue Moon" sur la session DVD. Chesnutt, paraplégique, chante et regarde vers le haut, ému, pour faire une réclamation à Dieu.


The Undertones


«Dig Yourself Deep»
Cooking Vinyl/ PIAS

par Damien Grosset


Les papys du punk en quête d’un nouveau souffle.


Issus de Derry, ville réputée pour y abriter les plus sévères couches de résistances irlandaises (le Bloody Sunday de 1972), les frères O’Neill, auxquels se sont ajoutés trois puceaux débraillés - genre jeans retroussés jusqu’en haut des chaussettes - ont connu une carrière éclair. Boudés par le public ? Pas vraiment. Quelques tubes, comme « My Perfect Cousin » ou l’inoubliable « Teenage Kicks » figurent à leur palmarès. Mais à force de trop marcher sur les pas de ses cousins d’outre-Atlantique (les Ramones), les Undertones ont tenté un son plus éclectique, mêlant pop, rock et punk à la fois. Résultat : l’insuccès commercial et la séparation du groupe. Un sort injuste pour ceux qui représentent l’une des valeurs sûres du punk-rock outre-manche.

Aujourd’hui, il réclame que justice soit faite. Avec des sapes moins grunges qu’il y trente ans, les papis du punk rempilent avec un album à la première impression ravageuse. Chansons courtes et véloces (en gros, 3 accords pour 2 couplets) : la recette reste aussi légère qu’efficace. Les guitares tournent en boîte et convoquent des riffs bagarreurs et incendiaires. Pas de régénérescence post-punk pour autant, ce nouvel album s’aventurant (timidement) aussi vers des terres plus pop.
Donc, un disque à la croisée des chemins, entre punk transpirant toujours la désinvolture juvénile d’antan et pop maîtrisée de vieux briscards en quête d’un nouveau souffle. Sympathique.