vendredi 23 janvier 2009

Coming Soon

«New Grids»
Kitchen/Pias


Par Damien Grosset


Révélation surprise de ce début d’année, les sept nains de Coming Soon ont conçu un album un brin brouillon mais bourré d’élégance. Sympathique.

Tribu à peine sortie des jupons de la dame de Haute-Savoie, Coming Soon a plutôt le profil à craquer les planches des bals country du sud des Etats-Unis que celui des chalets des stations de ski françaises. Chapeau Stetson, chemise à carreaux, gilet sans manches… Par on ne sait quel coup du sort, le septet d’Annecy (chef lieu de Haute-Savoie, donc) a troqué ses bottes de sept lieues pour les apparats du cow-boy solitaire. Et se la jouer vieux bouseux americanophiles apporte du sang frais sur une scène indé bobo à mort.

Même topo pour la musique. Tapotages de mains, envolées permanentes de chœurs, rythmes alt country : une ambiance quasi pastorale typique d’un dimanche mélancolique ensevelit l’album sous un brouillon de bonne notes. Par ses poussées de fièvre électriques dignes d’un orage d’été qui s’abat sur l’ouest américain, par ses ballades joyeuses au ukulélé et au banjo, l’album alterne les genres, entre folk-blues exotique et chaudes montées rock. Alors, ce disque, un coup de poker ou un coup de génie ? Pesons nos mots, admettons au moins le talent. Car Coming Soon aurait pu sombrer, comme nombre de ses congénères, dans le déjà classique mouvement rock étudiant, voire collégien (le plus jeune du clan a 15 ans, quand même), qui englue les ondes FM. Au lieu de ça, le groupe s’initie à des styles qu’on a du mal à répertorier.

Quelques influences tout de même, celles des meilleures, parsèment ce New Grids. Qu’il s’agisse de Leonard Cohen, pour les chœurs ou les intonations grasses d’Howard Hughes, le principal chanteur (notamment « Bright Tides »). Ou des terres précieuses de l’antifolk (The Moldy Peaches et Silver Jews, forcément). Rien d’étonnant donc à ce que le groupe cartonne outre-Atlantique. Deux titres dans la BO du film Juno, au coude à coude avec Radiohead dans le top des ventes : les p’tits nains des montagnes peuvent se targuer d’être déjà une valeur sûre de la scène musicale américaine. Ne reste plus qu’à conquérir le vieux continent.