samedi 24 septembre 2011

Joy Division : horizon funèbre

10 juin 79. Avec la sortie de leur premier album, Joy Division installe Manchester comme capitale de la cold-wave. Trente ans après, Unknown Pleasures n’a pas pris une ride.

«Unknown Pleasures»
(Warner)


Par Damien Grosset

L’heure anglaise est morose en ce printemps 1980. Le 18 mai, Ian Curtis, chanteur de Joy Division, est mort. Soit la fin de l’histoire d’un « banal » type de banlieue de 23 ans qui s’est pendu dans sa cuisine de Macclesfield. Mais le début d’une nouvelle ère pour une génération d’ados fatigués de pogoter sur le « No Future » d’un mouvement punk ras la crête.

Curtis, même s’il assistait aux concerts des Sex Pistols, est sorti du punk-rock la tête haute et les idées noires plein le pardessus. Avec ses effets de voix lugubre, la basse spectrale de Peter Hook, la batterie martiale de Stephen Morris et le jeu de guitare (assez pauvre) de Barney Sumner, Unknown Pleasures bascule le rock dans un monde sombre au désespoir esthétique : la cold-wave est inventée.

Mais à quel point ce disque tient-il sa place au panthéon du rock ? Parce qu’il y mélange des sentiments contraires, entre la fascination et la frustration. Bref, le genre de sensations que seuls les pionniers savent déterrer. Car depuis le premier Velvet, jamais disque n’avait aussi bien chanté mal-être et lucidité. Une comparaison qui s’identifie jusque dans le design de la pochette du disque. A la banane iconique de Warhol se substitue ici le graphique de la fréquence radio d’un trou noir dans l’univers. Mystique, mais terriblement ingénieux !

Une expérimentation totale disséminée jusque dans la production de l’album. Martin Hannett joue les petits chimistes et distille de méchantes réverbs sur la caisse claire (il installe la batterie de Morris sur le toit du studio). Trente ans plus tard, les échos des battements de fûts de « She’s Lost Control » résonnent encore. Et des Cure à Interpol en passant par U2, nul n’en a fini d’explorer le trou noir de Joy Division.