samedi 8 décembre 2012

Melody Gardot - La fée cabossée

Crooneuse de diamant dont le destin quasi-tragique a rapproché de la musique, l’Américaine est de passage en France cette semaine. Ça va jazzer.

«My One and Only Thrill»
(Universal)


Par Damien Grosset

Si ce disque était un film noir, il serait Le Port de l’Angoisse. Déjà parce qu’il suinte de cet album une tenace impression de chaud et de froid. Un peu comme si l’on voyait fondre la banquise sous nos yeux flétris après une promenade dans la calotte glaciaire. Ensuite, pour Lauren Bacall. Pour se noyer dans les abysses de l’album comme on se sent hypnotisé par le regard mythique de l’actrice, lors de sa rencontre avec Bogart. Tout aussi étouffant, mystérieux et bourré d’assurance, il plaît à penser que My One and Only Thrill a puisé ses origines sous ce halo de lumière hollywoodienne.

A tout juste 24 ans, la fillette connaît déjà les tourments d’une vieille briscarde occupant l’arrière salle d’un bar louche dans lequel Lou Reed aurait écrit son « Walk on the Wild Side ». Et pour cause, Gardot a été sculptée dans une de ces pierres qui casse le corps et dégrise le cœur. Décomposée en mille petits cailloux après un choc avec un 4X4, Gardot donne un coup d’accélérateur à sa longue convalescence en recourant à la musicothérapie. Déjà pianiste prodige à 16 ans, elle apprend la guitare et compose à l’horizontale, alitement forcé oblige. Résultat : un premier jet de chansons folk-jazz taillées dans l’intimité d’une chambre à coucher… et qui courent après leur liberté.

Lunettes teintées pour mieux s’immuniser des rayons du soleil, bancale sans sa canne : même si les séquelles s’accrochent, avec ce second album Gardot accouche d’un diamant brut, policé à l’extrême et coloré par de légers arrangements bossa langoureux. Et si l’on reconnaît parfois les douceurs satinées d’une Lisa Ekdhal ou les chuchotements sensuels d’une Diana Krall, My One and Only Thrill supplante les œuvres de ses aînées. Une bénédiction absolue quand le monde se fait trop bruyant…

samedi 16 juin 2012

Phoenix - Les fous du roi


Snobé depuis plus de dix ans, Phoenix s’acharne avec un quatrième album musclé. Mais pourquoi tant de foudres en France ?

«Wolfgang Amadeus Phoenix»
(Cooperative)


Par Damien Grosset

A quoi reconnaît-on un vrai groupe de rock ? La généalogie, l’expérience… Tout ce qui fait qu’à peine monté sur les planches, la boue lui collait déjà aux godasses. Issu des parquets trop bien cirés de Versailles, Phoenix fait penser à ses groupes du nord de l’Angleterre qui n’ont rien d’autre à glander que de faire rugir les guitares au fond d’un garage. Sauf que c’est dans l’arrière cour de la galerie des Glaces que les quatre bouffons du roi ont roulé leur bosse à renifler les immondices des touristes.

Au passage, ils en ont gardé une peau de banane new yorkaise déchiquetée par la converse trouée d’un Strokes, des puces électro de Tangerine Dream échappées d’une sandalette allemande, et une tignasse blue-eyed soul à la Daryl Hall & John Oates. Que du sophistiqué, en somme.
Et c’est là que le bas blesse. A compacter en 35 minutes chrono presque 30 ans d’une musique vomie par les ayatollahs du « vrai rock » (ils perçaient leur excès de sébum sur du Cure), leur premier album (United, 2000) se fait injustement déplumer par une presse musicale pas encore remise du tremblement house de Daft Punk (1997), copains d’avant au même titre que leurs cousins d’Air.

N’empêche que Phoenix revient avec ce quatrième album, Wolfgang Amadeus Phoenix, très proche du United. Un titre annonciateur d’un largage de bombes intensif (celles de la pochette du disque ?) mais qui lâche sur nos têtes patraques une entière collection d’envolées pop vintage impeccablement produites par Philippe Zdar (Cassius). Un album en acier trempé, qui s’écoute plein pot au volant d’une bagnole vrombissante à la Starsky et Hutch (tradition seventies oblige). Et encore, même assis, on a le feu aux hanches.

« Trop bon chic bon genre », « Ils chantent même pas en français »… Désormais, oubliez ces polémiques de comptoir trop franchouillardes et agrippez-vous aux griffes de « 1901 », « Armistice »…