
Snobé depuis plus de dix ans, Phoenix s’acharne avec un quatrième album musclé. Mais pourquoi tant de foudres en France ?
«Wolfgang Amadeus Phoenix»
(Cooperative)
Par Damien Grosset
A quoi reconnaît-on un vrai groupe de rock ? La généalogie, l’expérience… Tout ce qui fait qu’à peine monté sur les planches, la boue lui collait déjà aux godasses. Issu des parquets trop bien cirés de Versailles, Phoenix fait penser à ses groupes du nord de l’Angleterre qui n’ont rien d’autre à glander que de faire rugir les guitares au fond d’un garage. Sauf que c’est dans l’arrière cour de la galerie des Glaces que les quatre bouffons du roi ont roulé leur bosse à renifler les immondices des touristes.
Au passage, ils en ont gardé une peau de banane new yorkaise déchiquetée par la converse trouée d’un Strokes, des puces électro de Tangerine Dream échappées d’une sandalette allemande, et une tignasse blue-eyed soul à la Daryl Hall & John Oates. Que du sophistiqué, en somme.
Et c’est là que le bas blesse. A compacter en 35 minutes chrono presque 30 ans d’une musique vomie par les ayatollahs du « vrai rock » (ils perçaient leur excès de sébum sur du Cure), leur premier album (United, 2000) se fait injustement déplumer par une presse musicale pas encore remise du tremblement house de Daft Punk (1997), copains d’avant au même titre que leurs cousins d’Air.
N’empêche que Phoenix revient avec ce quatrième album, Wolfgang Amadeus Phoenix, très proche du United. Un titre annonciateur d’un largage de bombes intensif (celles de la pochette du disque ?) mais qui lâche sur nos têtes patraques une entière collection d’envolées pop vintage impeccablement produites par Philippe Zdar (Cassius). Un album en acier trempé, qui s’écoute plein pot au volant d’une bagnole vrombissante à la Starsky et Hutch (tradition seventies oblige). Et encore, même assis, on a le feu aux hanches.
« Trop bon chic bon genre », « Ils chantent même pas en français »… Désormais, oubliez ces polémiques de comptoir trop franchouillardes et agrippez-vous aux griffes de « 1901 », « Armistice »…
