vendredi 15 novembre 2013

Nick Cave : le mythe de la caverne

« I don’t believe in an interventionist God », lance Nick cave pour amorcer toute en beauté son « Into My Arms », l’une des perles les plus fragiles et les plus touchantes du songwriter australien. Une révélation qui s’abat comme la foudre sous la colère de Dieu, pour un artiste qui a toujours baigné dans les écritures saintes. Entre blues et ballades folk pétris dans les vastes contrés du Sud de l’Amérique, Nick Cave a été pressé avec le même jus que ses congénères et idoles, tels que Bob Dylan, Léonard Cohen et consorts. Mais ce rockeur vient d’ailleurs. D’un horizon similaire, composé aussi de ces plaines apocalyptiques qui construisent l’âme déchiré et poétique d’un homme. Aussi australien que le cartable D’Angus Young (il prenait à peine le temps de le retirer avant de commencer ses shows), le rockeur porte sur son dos une douzaine d’albums et vingt huit ans de carrière. Son premier disque ? En 1980, en tant que chanteur du groupe no-wave et bruitiste The Birthday Party.

Courte émigration de Melbourne à Londres - pour mieux se rapprocher de l’épicentre des ruines du tremblement punk – avant de s’en retourner dans ses pénates et de fonder, sur les cendres de The Birthday Party, un nouveau groupe : les Bads Seeds. Que de la bonne graine en somme. Composé de Barry Adamson, ex-bassiste du météoritique Magazine, de l’ex-batteur de The Birthday Party, Mick Harvey, et du guitariste Blixa Bargeld débarqué du trop méconnu Einstürzende Neubaten, Nick s’arme d’un réservoir de chiens fous qui lui laisse carte blanche pour faire éclater son talent de prêcheur échappé de La Nuit Du Chasseur, de bluesman déraciné, de fan australopithèque d’Elvis Presley, hurlant comme un coyote en chasse des sermons issus d’une version non officielle de la Bible, dans le bruit et la fureur. Pas de quoi s’assurer une postérité, même sulfureuse. Mais au début des années 90, avec la nouvelle sérénité d’un père comblé en quête d’exotisme (il se prépare à une escapade au Brésil), Nick compose de grands hymnes impavides aux inclinations faussement caverneuses. En 1988, avec « The Mercy Seat » (repris avec grâce par Johnny Cash), puis en 1995 avec « Where The Wild Roses Grow », enregistré avec Kylie Minogue, il écrit les gemmes qui lui donnent sa place dans le carré V.I.P des grands compositeurs.

Et depuis ? Quelques perles fulgurantes, certes. A l’instar de « Wonderful Life » et « Still In Love » sur l’album Nocturama (2001). Ou encore « There She Goes, My Beautiful World », sur Abattoir Blues/The Lyre Of Orpheus (2004). Mais surtout une traversée du désert où ne reste pas la moindre broussaille blues à désherber. Jusqu’à ce Dig, Lazarus, Dig !!! et puis surtout Push The Sky Away, son dernier et majestueux album, hanté, encore plus mûr et complexe que ses précédents opus. Un retour en grâce qui installe une fois pour toute l’artiste australien au panthéon des bluesmen blancs, aux côtés de Dylan et Cohen.

Damien Grosset